La pensée d’ ADORNO doit aussi être prise en compte : Theodor W. Adorno: (1903-1969) est un philosophe, sociologue, compositeur et musicologue allemand. En tant que philosophe, il est avec Herbert Marcuse et Max Horkheimer l’un des principaux représentants de l’École de Francfort, au sein de laquelle a été élaborée la Théorie critique.Adorno critique très sévèrement ce qu’il appelle « industrie culturelle » (terme qu’il préfère à celui de « culture de masse », impropre et trompeur dans la mesure où il laisserait entendre que les masses sont les vraies productrices de cette culture, alors qu’elles en sont, selon Adorno, les victimes) surtout la musique dite “populaire”. Il considère que la musique populaire moderne n’a plus rien de vraiment populaire, qu’il s’agit uniquement de produits conçus par de grandes entreprises pour une consommation de masse. Ainsi, pour lui les différences de goût et d’identité perçus dans la musique populaire ne proviennent que de l’aliénation et l’invention d’une fausse individualité, dans une société où toute vraie individualité est écrasée. Malgré son désir d’être considéré comme un marxiste, il propose une vision non-contradictoire des produits de l’industrie culturelle. Ses idées sur ces questions gardent une large influence dans les milieux universitaires aujourd’hui. Dans ses études sur la personnalité autoritaire, Adorno part de l’hypothèse selon laquelle les convictions politiques, économiques et sociales d’un individu forment un modèle cohérent, comme si elles étaient reliées par une mentalité ou un esprit qui est l’expression profonde de sa personnalité. Il cherche à comprendre comment certaines structures mentales conduisent à la formation de cette personnalité autoritaire, qui contient potentiellement le germe du fascisme.
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La véritable cause de l’antisémitisme est dans une forme de paranoïa, une forme de projection morbide qui conduit le sujet à attribuer à son objet ses propres pulsions tabous, et à les sacrifier, en même temps que cette haine dissimule une aspiration secrète. Tel est le mensonge du fascisme. Sous la pression économique, le système hallucinatoire devient une norme. La paranoïa un délire de masse. Il n’y a même plus d’antisémites professant une opinion politique, comme au XIXe siècle. Les individus ne choisissent plus ; ils ne font que se conformer à la hiérarchie sociale et à la culture de masse. La réaction ne s’adresse même pas aux Juifs en tant que tels. Les pulsions ont reçu une orientation, et les politiciens ont fourni un objet à persécuter. Le problème de l’antisémitisme tient plutôt dans la disparition d’une aptitude à former le jugement. Le progrès de la société industrielle a conduit à l’anéantissement de l’homme en tant que raison. C’est là que la dialectique de l’Aufklärung devient folie. L’avènement du national-socialisme conduit à se pencher, après 1933, sur la question du fascisme en même temps que la dérive stalinienne du communisme soviétique conduit à un doute généralisé sur l’orientation de la civilisation. L’espoir marxien d’une transformation de la société apparaît alors comme utopique. Horkheimer émigre aux États-Unis, et Adorno le rejoint en 1938. C’est là qu’ils entreprennent d’écrire un livre sur la « logique dialectique » Ils recentrent la question sur l’antisémitisme plutôt que sur l’exploitation du prolétariat. Ils se demandent « pourquoi l’humanité, au lieu de s’engager dans des formes humaines, sombre dans une nouvelle forme de barbarie ». Il s’agit, pour les auteurs, de présenter « l’intégralité de leur philosophie » en reconstituant l’histoire du processus de civilisation, en méditant sur « l’aspect destructif du progrès », en repensant le principe de raison, en tâchant d’expliquer la disposition des masses à se laisser fasciner par le despotisme, en expliquant le processus d’« autodestruction de la raison » et de « régression vers la mythologie ».
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Ils utilisent un certain nombre de catégories existantes : * le concept des Lumières (Aufklärung) de Kant * la dialectique philosophique de Hegel * l’analyse du travail social de Marx * la généalogie de la morale de Nietzsche * la psychanalyse de la civilisation de Freud
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Le livre est écrit et relu conjointement par les deux auteurs. Le travail d’écriture commence en 1942. Le manuscrit est achevé en 1944 et publié de façon confidentielle à New York avant de paraître à Amsterdam en 1947. En 1969, Horkheimer et Adorno proposent une nouvelle édition, à Francfort, en soulignant dans une nouvelle préface l’actualité de leurs thèses dans un monde où « les horreurs continuent » et où l’on assiste à des « renouveaux du totalitarisme ». Ils considèrent, en outre, leur livre comme une « critique de la philosophie » entendue comme refus d’adhésion au positivisme, c’est-à-dire au « mythe de ce qui existe ». Le monde contemporain est contradictoire car travaillé par les antagonismes du capitalisme. L’art authentique est celui qui rend compte de ce caractère conflictuel par la dissonance.
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