{"id":2198,"date":"2014-06-30T10:58:02","date_gmt":"2014-06-30T09:58:02","guid":{"rendered":"http:\/\/democrasite.com\/soliane\/?p=2198"},"modified":"2014-06-30T14:21:30","modified_gmt":"2014-06-30T13:21:30","slug":"voir-comprendre-et-analyser-les-images","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/democrasite.com\/soliane\/2014\/06\/30\/voir-comprendre-et-analyser-les-images\/","title":{"rendered":"Voir, comprendre et analyser les images"},"content":{"rendered":"<p><strong>Laurent Gervereau est un historien fran\u00e7ais qui s\u2019est beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019influence visuelle et \u00e0 la production et circulation des images dans les soci\u00e9t\u00e9s pass\u00e9es et actuelles. Passionn\u00e9 par les arts plastiques, il a contribu\u00e9 activement \u00e0 la conservation du patrimoine culturel. Dans son approche, il critique la tendance des \u00ab\u00a0<em>visual studies\u00a0<\/em>\u00bb am\u00e9ricains, puisqu\u2019\u00e0 son avis ces approches ont souvent ignor\u00e9 le contexte de production des images. Oubli qui, selon lui, peut provoquer \u00ab\u00a0des confusions et des contresens\u00a0\u00bb pour sa compr\u00e9hension globale. Il existe pour cet auteur certaines d\u00e9marches qui utilisent des approches s\u00e9miologiques capables de \u00ab\u00a0balayer\u00a0\u00bb sans probl\u00e8mes la contextualisation d\u2019une image, et qui peuvent produire \u00ab\u00a0des analyses brillantes mais totalement anachroniques\u00a0\u00bb. C\u2019est la raison pour laquelle L. Gervereau nous rappelle constamment la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab\u00a0prise en compte historique de l\u2019ensemble de la production visuelle humaine\u00a0\u00bb .<br \/>\nCe qu\u2019il nomme \u00ab\u00a0<em>histiconologie<\/em>\u00a0\u00bb.<br \/>\nDe cette mani\u00e8re, le texte le livre nous offre une grille d\u2019analyse assez particuli\u00e8re pour l\u2019\u00e9tude et le \u00ab\u00a0d\u00e9cryptage de tous types d\u2019images\u00a0\u00bb. En d\u00e9crivant les apports faits par l\u2019histoire de l\u2019art, la s\u00e9miologie et notamment par l\u2019histoire, dans l\u2019analyse des images, Gervereau propose les diff\u00e9rents types d\u2019analyses qui feraient chacun des sp\u00e9cialistes \u00e0 propos d\u2019une m\u00eame image. Cette approche lui permet de contraster les diff\u00e9rences et les sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque discipline. Cela lui sert d\u2019ailleurs \u00e0 illustrer l\u2019usage anecdotique que l\u2019image a eu en histoire. Car, elle y a souvent \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e comme un simple compl\u00e9ment de l\u2019\u00e9criture et on lui a d\u00e9ni\u00e9 \u00ab\u00a0toute qualit\u00e9 de source \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb (Gervereau, 1994\u00a0:30).<br \/>\nCette id\u00e9e rejoint <a title=\"\u00ab Take \u00bb vs \u00ab Make \u00bb : Ce qu\u2019une image montre et ce qu\u2019elle signifie.\" href=\"http:\/\/www3.unil.ch\/wpmu\/sociologievisuelle\/2012\/11\/take-vs-make-ce-quune-image-montre-et-ce-quelle-signifie\/\" target=\"_blank\">l\u2019argument d\u2019Elizabeth Chaplin dans son ouvrage Sociology and Visual Representation (1994)<\/a>. Pendant cette t\u00e2che, chacun des sp\u00e9cialistes se pose des questionspertinentes sur l\u2019image en question. N\u00e9anmoins \u00ab\u00a0pour \u00e9tablir une analyse g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019image, il importe de rassembler leurs pr\u00e9occupation \u00bb (Gervereau, 1994\u00a0:39). \u00c0 partir de ceci on peut inf\u00e9rer que l\u2019analyse r\u00e9sultante que chacun d\u2019entre eux fera, sera probablement r\u00e9ductrice, \u00e0 cause de la univocit\u00e9 inh\u00e9rente aux limites de chaque discipline. Par exemple, l\u2019\u00e9tude qu\u2019un historien puisse faire sur une certaine image restera, de par les comp\u00e9tences de celui-ci, une analyse purement historique. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Donc, afin de d\u00e9boucher sur une \u00e9tude globale et plus compl\u00e8te, il nous propose une grille d\u2019analyse commune et compos\u00e9e de trois principales \u00e9tapes\u00a0: Description, \u00e9vocation du contexte et interpr\u00e9tation. La premi\u00e8re \u00e9tape de d\u00e9cryptage d\u2019une image est la description\u00a0: une phase essentielle, qui nous permet de passer d\u2019un sens premier ou banal, \u00e0 une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e et minutieuse.<br \/>\nEn d\u2019autres mots, c\u2019est la transition entre le fait de \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0regarder\u00a0\u00bb une image. Elle inclut en m\u00eame temps, la consid\u00e9ration de trois autres aspects\u00a0: la technique (nom de l\u2019\u00e9metteur, mode d\u2019identification des \u00e9metteurs, datte de production ou technique employ\u00e9e), la stylistique (nombre de couleurs, pr\u00e9dominance de certains \u00e9l\u00e9ments, volume ou intentionnalit\u00e9) et la th\u00e9matique (rapport entre l\u2019image et le texte, symboles utilis\u00e9s ou th\u00e9matiques d\u2019ensemble). <\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien que la description \u00ab\u00a0apporte des \u00e9l\u00e9ments tangibles \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019image\u00a0\u00bb (Gervereau, 1994\u00a0: 40), pour Gervereau \u00ab\u00a0c\u2019est le contexte qui permet d\u2019\u00e9viter les plus rudes contre-sens\u00a0\u00bb (Gervereau, 1994\u00a0: 54). Donc, c\u2019est l\u2019\u00e9vocation et la prise en compte de celui-ci, ce qui permet de mieux interpr\u00e9ter la signification d\u2019une image. Il pr\u00e9cise d\u2019ailleurs son argument en faisant la distinction entre un \u00ab\u00a0<em>contexte en amont\u00a0<\/em>\u00bb et un \u00ab\u00a0<em>contexte en aval\u00a0<\/em>\u00bb.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0contexte en amont\u00a0\u00bb tente de savoir pour quoi une image est apparue.<br \/>\nPour se faire on doit se poser des questions sur l\u2019image en elle-m\u00eame (importance des mat\u00e9riaux et des techniques utilis\u00e9s, en relation \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle l\u2019image a \u00e9t\u00e9 faite\u00a0; identification du support de base de l\u2019image\u00a0: journaux, affiches, etc.), sur l\u2019auteur (\u00ab\u00a0Qui a r\u00e9alis\u00e9 l\u2019image est quel rapport avec son histoire personnelle\u00a0?\u00a0\u00bb ,p.57) et sur le contexte ext\u00e9rieur (\u00ab\u00a0Qui a commandit\u00e9 l\u2019image et quel rapport avec l\u2019histoire de la soci\u00e9t\u00e9 moderne de l\u2019\u00e9poque\u00a0?\u00a0\u00bb, p.58).<br \/>\nDe cette mani\u00e8re on pourrait mieux situer l\u2019image dans son contexte original et mieux comprendre sa parution. En revanche, le \u00ab\u00a0contexte en aval\u00a0\u00bb prend en compte la propagation d\u2019une certaine image \u00e0 partir du moment de sa cr\u00e9ation. Ici il est question de conna\u00eetre d\u2019abord sa diffusion, c\u2019est-\u00e0-dire savoir, d\u2019une part, si l\u2019image a connu une diffusion au moment m\u00eame de sa production ou une diffusion post\u00e9rieure, et d\u2019autre part, savoir qui a r\u00e9ellement vu cette image (p.64).<br \/>\nEnsuite, pour estimer son impact il faut se demander \u00ab\u00a0Quelles mesures avons-nous du mode de r\u00e9ception de l\u2019image au fil du temps\u00a0?\u00a0\u00bb (p.65). De cette mani\u00e8re, il est possible d\u2019identifier, \u00e0 travers les appr\u00e9ciations des r\u00e9cepteurs, les traces qu\u2019une image a pu laisser. Finalement, l\u2019interpr\u00e9tation se r\u00e9v\u00e8le comme l\u2019ach\u00e8vement de toutes les \u00e9tapes pr\u00e9c\u00e9dentes. Or, de par sa subjectivit\u00e9, elle est capable de biaiser la recherche. Il est donc n\u00e9cessaire d\u2019avoir de \u00ab\u00a0solides garde-fous\u00a0\u00bb qui puissent nous permettre de ne pas tomber dans le \u00ab\u00a0sens premier\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl s\u2019agit alors de \u00ab\u00a0s\u2019appuyer sur la description et le rappel du contexte\u00a0\u00bb (p.54), afin de construire une signification concr\u00e8te et fiable de l\u2019image. Dans cette partie, L. Gervereau fait la distinction entre significations initiales et significations ult\u00e9rieures, qui r\u00e9side principalement dans la chronologie de l\u2019image. C\u2019est-\u00e0-dire que celle-ci, au moment de sa production, n\u2019a certainement pas eu la m\u00eame signification que celle qu\u2019on peut lui attribuer actuellement. Pour terminer, il destine la derni\u00e8re \u00e9tape de sa grille d\u2019analyse, au bilan et appr\u00e9ciations personnelles, afin de laisser une place \u00e0 la subjectivit\u00e9. Il d\u00e9clare en effet que \u00ab\u00a0la scientificit\u00e9 du chercheur dans le domaine de l\u2019analyse de l\u2019image reste justement celle de proclamer sa non-scientificit\u00e9\u00a0: son caract\u00e8re ouvertement subjectif\u00a0\u00bb (p.85). <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c0 partir de cette grille d\u2019analyse, on s\u2019aper\u00e7oit de l\u2019importance donn\u00e9e par l\u2019auteur aux conditions de production et au contexte qui donne naissance \u00e0 l\u2019image. Sans pourtant ignorer ses aspects techniques, cette grille d\u2019analyse reste ainsi, une des possibles approches servant \u00e0 aborder le traitement et l\u2019\u00e9tude des images. Or, elle ne se veut surtout pas univoque ni r\u00e9ductrice, car l\u2019auteur accepte qu\u2019\u00ab\u00a0aucune analyse ne sera suffisamment compl\u00e8te, dans la mesure o\u00f9 le seul \u00e9quivalent de l\u2019image, est l\u2019image elle-m\u00eame\u00a0\u00bb (p.10). Ainsi, tout en pr\u00e9cisant \u00ab\u00a0le caract\u00e8re incontournable de l\u2019environnement du document\u00a0\u00bb (p.34), il pense qu\u2019en suivant cette m\u00e9thode, les historiens de l\u2019art, les s\u00e9miologues et les historiens peuvent \u00ab\u00a0d\u00e9passer leurs propres disciplines et b\u00e9n\u00e9ficier ainsi d\u2019une situation d\u2019ouverture qui permette de jeter les bases d\u2019une hybridation g\u00e9n\u00e9rale des m\u00e9thodes\u00a0\u00bb (p.35). <a href=\"http:\/\/www3.unil.ch\/wpmu\/sociologievisuelle\/files\/2012\/11\/Gervereau.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www3.unil.ch\/wpmu\/sociologievisuelle\/files\/2012\/11\/Gervereau-300x230.jpg\" width=\"300\" height=\"230\" \/><\/a> Cette image (p.110) est une carte postale de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Guerre mondiale. Elle est \u00e9tudi\u00e9e par Gervereau en appliquant la m\u00eame d\u00e9marche propos\u00e9e dans sa grille d\u2019analyse. On fait r\u00e9f\u00e9rence au contexte socio-politique de l\u2019\u00e9poque, ainsi qu\u2019au d\u00e9cryptage de son iconographie et ses \u00e9l\u00e9ments techniques. \u00ab\u00a0\u2026Cette image l\u00e9nifiante est exemplaire d\u2019une production fran\u00e7aise consid\u00e9rable, patriotique et commerciale, qui touchait d\u2019ailleurs aussi les troupes \u00e9trang\u00e8res sur le territoire hexagonal en s\u2019inscrivant dans la tradition de la \u2018grivoiserie\u2019 parisienne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0combattant, h\u00e9ros [\u2026] il triomphe \u00e0 nouveau dans l\u2019offensive horizontale. Doublement permissionnaire, du front et de l\u2019amour, il go\u00fbte ce repos o\u00f9 tout lui est d\u00fb, enfin passif\u00a0\u00bb (page 112). Bibliographie\u00a0: Gervereau Laurent, <em>Voir, comprendre, analyser les images<\/em>, Paris : La D\u00e9couverte, 1994. Site web personnel de Laurent Gervereau\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.gervereau.com\" target=\"_blank\">www.gervereau.com<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurent Gervereau est un historien fran\u00e7ais qui s\u2019est beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la question de l\u2019influence visuelle et \u00e0 la production et circulation des images dans les soci\u00e9t\u00e9s pass\u00e9es et actuelles. Passionn\u00e9 par les arts plastiques, il a contribu\u00e9 activement \u00e0 la conservation du patrimoine culturel. 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