{"id":2719,"date":"2014-11-26T11:41:38","date_gmt":"2014-11-26T10:41:38","guid":{"rendered":"http:\/\/democrasite.com\/soliane\/?p=2719"},"modified":"2014-12-04T13:30:24","modified_gmt":"2014-12-04T12:30:24","slug":"32-college-des-trois-karl","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/democrasite.com\/soliane\/2014\/11\/26\/32-college-des-trois-karl\/","title":{"rendered":"32-COLL\u00c8GE DES TROIS KARL"},"content":{"rendered":"<h4><span style=\"color: #000000\"><strong><a title=\"31-LE PHALANST\u00c8RE \u00c9CO-LIEU : Le lieu physique et symbolique du Parlement de quartier\" href=\"https:\/\/trans.democrasite.com\/soliane\/2014\/05\/08\/31-le-phalanstere-eco-lieu-le-lieu-physique-et-symbolique-du-parlement-de-quartier\/\"><span style=\"color: #000000\">\u2190 retour<\/span><\/a><\/strong><\/span><\/h4>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><b>Karl Heinrich Marx le sociologue<\/b><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><b>Carl Gustav Jung l&rsquo;alchimiste<\/b><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><b>Karl Polanyi l&rsquo;antropologue<\/b><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><strong>Les ma\u00eetres de la subversion<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>La Conception de Marx<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Marx pense son \u0153uvre \u00e0 l&rsquo;aune de la science\u00a0: Le Capital se veut un trait\u00e9 scientifique. Les marxistes, \u00e0 sa suite, consid\u00e8rent son socialisme comme un socialisme dont la nature scientifique lui permet de se distinguer de tous les autres socialismes. L&rsquo;expression \u00ab\u00a0socialisme scientifique\u00a0\u00bb n&rsquo;appara\u00eet cependant que tr\u00e8s peu sous la plume de Marx lui-m\u00eame, qui pr\u00e9f\u00e8re parler de \u00ab\u00a0[sa] conception\u00a0\u00bb, sans lui donner une \u00e9tiquette pr\u00e9cise.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Mais quand Marx parle de socialisme scientifique, ce n&rsquo;est pas pour d\u00e9finir sa doctrine propre, mais pour d\u00e9noncer les pr\u00e9tentions de ses adversaires politique.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Le premier auteur \u00e0 utiliser l&rsquo;expression \u00ab\u00a0socialisme scientifique\u00a0\u00bb &#8211; ainsi que celle de \u00ab\u00a0socialisme utopique\u00a0\u00bb &#8211; n&rsquo;est cependant pas Marx, mais un adversaire politique de ce dernier, Pierre-Joseph Proudhon, qui forge le terme en 1840 dans Qu&rsquo;est-ce que la propri\u00e9t\u00e9 ?, o\u00f9 il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0de m\u00eame que le droit de la force et le droit de la ruse se restreignent devant la d\u00e9termination de plus en plus large de la justice, et doivent finir par s&rsquo;\u00e9teindre dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9\u00a0; de m\u00eame la souverainet\u00e9 de la volont\u00e9 c\u00e8de devant la souverainet\u00e9 de la raison, et finira par s&rsquo;an\u00e9antir dans un socialisme scientifique\u00a0\u00bb. Pour Proudhon, le socialisme scientifique se fonde sur \u00ab\u00a0une science de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9thodiquement d\u00e9couverte et rigoureusement appliqu\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La vision marxiste se base sur une conception mat\u00e9rialiste de l&rsquo;Histoire humaine\u00a0: le mat\u00e9rialisme historique, grille d&rsquo;analyse de Marx et Engels, donne \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie un r\u00f4le primordial dans l&rsquo;\u00e9volution historique. Dans cette optique, c&rsquo;est le mode de production de la vie mat\u00e9rielle qui d\u00e9termine le processus social, politique et intellectuel de la vie. Le d\u00e9roulement de l&rsquo;Histoire est donc command\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution des conditions de production, elles-m\u00eames command\u00e9es par le progr\u00e8s scientifique et technique. Le mat\u00e9rialisme dont est empreint l&rsquo;analyse marxiste est \u00e9galement de nature dialectique, en ce que chaque mouvement donne naissance \u00e0 sa contradiction, avant un passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon sup\u00e9rieur, par la n\u00e9gation de la n\u00e9gation\u00a0: l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 est donc command\u00e9e par la contradiction entre les possibilit\u00e9s de production, d\u00e9termin\u00e9es par le niveau technologique et scientifique, et les rapports de production, soit les rapports de propri\u00e9t\u00e9 et de distribution des revenus. Dans cette optique, le moteur du d\u00e9roulement de l&rsquo;Histoire est la lutte des classes, d\u00e9termin\u00e9e par la division du travail qui d\u00e9coule de l&rsquo;appropriation priv\u00e9e des moyens de production dans un syst\u00e8me capitaliste\u00a0: le prol\u00e9tariat est ainsi exploit\u00e9, non seulement \u00e9conomiquement, mais politiquement, par la bourgeoisie, qui d\u00e9tient les r\u00eanes de l&rsquo;\u00c9tat. Dans la vision marxiste, le d\u00e9passement du capitalisme pour atteindre le socialisme passe par une r\u00e9volution, ph\u00e9nom\u00e8ne dialectique n\u00e9 de la conscience de l&rsquo;inad\u00e9quation entre les forces de production et les rapports de production.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Le socialisme scientifique se veut donc \u00e0 la fois r\u00e9aliste, r\u00e9volutionnaire, et partisan de l&rsquo;action politique sous toutes ses formes : enfin, il s&rsquo;appuie sur le mouvement des forces historiques, et non uniquement sur la volont\u00e9 des hommes. Le socialisme scientifique se caract\u00e9rise donc par une vision d\u00e9terministe de l&rsquo;Histoire : si les initiatives personnelles et collectives sont n\u00e9cessaires, elles sont subordonn\u00e9es aux conditions pr\u00e9alables de l&rsquo;\u00e9volution. Dans son optique, l&rsquo;histoire est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;objet d&rsquo;une science exacte, soumise \u00e0 des lois de transformation issues de la n\u00e9cessit\u00e9 pour les humains de produire la vie par le travail et l&rsquo;\u00e9change.<\/span><\/h2>\n<h2>\u00a0<strong><span style=\"color: #000000\"> Les origines du capitalisme selon Marx<\/span><\/strong><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Le capitalisme n\u00e9cessite la lib\u00e9ration du travail. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un travailleur \u00ab libre \u00bb selon Marx ? C&rsquo;est un travailleur disponible pour \u00eatre utilis\u00e9 comme moyen de production, \u00e0 la diff\u00e9rence des soci\u00e9t\u00e9s paysannes, o\u00f9 les individus \u00e9taient la propri\u00e9t\u00e9 du seigneur, et donc indisponible pour des activit\u00e9s industrielles. Une personne \u00ab non libre \u00bb dans le sens de Marx sera par exemple une femme au foyer, ou une personne \u00e2g\u00e9e retrait\u00e9e et \u00e9tant emp\u00each\u00e9e de travailler, ou encore un mineur que des lois prot\u00e8gent. Les institutions (par exemple les \u00c9tats, par les lois) peuvent jouer un r\u00f4le emp\u00eachant ou diminuant cette \u00ab lib\u00e9ration \u00bb. Les coutumes et les religions aussi (refus du travail des femmes, par exemple).<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Une autre condition pour que le syst\u00e8me capitaliste existe, c&rsquo;est que les moyens de la production soient \u00e9galement \u00ab lib\u00e9r\u00e9s \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire disponible pour les capitalistes. Il ne faut pas qu&rsquo;ils soient d\u00e9tenus de fa\u00e7on constante par des personnes. Les personnes ne doivent pas \u00eatre intimement li\u00e9es \u00e0 ces moyens de production, comme pouvaient l&rsquo;\u00eatre les serfs vis-\u00e0-vis de la terre du seigneur au Moyen \u00c2ge, ou les esclaves dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 ou dans les empires coloniaux. Un esclave est directement un objet pour la production. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9e, pour \u00eatre qualifi\u00e9 de prol\u00e9taire il ne faut pas que le travailleur poss\u00e8de ses instruments de travail (sinon, il pourrait subvenir lui-m\u00eame \u00e0 ses besoins).<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Lorsque ces conditions sont r\u00e9unies, les hommes sont disponibles, le travail peut alors \u00eatre achet\u00e9 sous la forme du salariat.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">L&rsquo;argent, dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, est le seul signe de puissance, et le seul besoin. Les hommes luttent pour l&rsquo;argent. Il est l&rsquo;objet de toutes les convoitises. Or l&rsquo;argent est une pure abstraction. L&rsquo;argent coupe de la r\u00e9alit\u00e9 du monde, et en m\u00eame temps devient l&rsquo;unique vecteur pour pouvoir agir sur lui. La soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019argent est une ali\u00e9nation surtout pour ceux \u00e0 qui il est pris, mais aussi pour ceux qui le prennent.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">L&rsquo;ali\u00e9nation morale est l&rsquo;ali\u00e9nation par l&rsquo;\u00c9tat et la religion. L&rsquo;\u00c9tat entretient le mythe des \u00ab citoyens \u00bb \u00e9gaux (alors que les in\u00e9galit\u00e9s demeurent), et la religion cr\u00e9e une morale artificielle qui sert les int\u00e9r\u00eats de certains \u00eatres humains (en g\u00e9n\u00e9ral : de sexe masculin, riches, \u00e2g\u00e9s, etc.)<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Pour sortir de ce syst\u00e8me, Marx pr\u00e9conise la destruction des objets de l&rsquo;ali\u00e9nation, c&rsquo;est-\u00e0-dire la destruction de l&rsquo;\u00c9tat, de la religion, de l&rsquo;argent, de la marchandisation du travail.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Cette destruction est en partie id\u00e9ologique : aucune violence n&rsquo;est \u00e0 craindre. Il suffit d&rsquo;une prise de conscience. Un jour, les hommes peuvent d\u00e9cider d&rsquo;arr\u00eater de croire \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, ils peuvent d\u00e9cider de ne plus croire \u00e0 la religion, ils peuvent d\u00e9cider que la monnaie n&rsquo;a plus de valeur et refuser de s&rsquo;en servir comme moyen d&rsquo;\u00e9change, et ils peuvent d\u00e9cider d&rsquo;arr\u00eater de travailler en tant que marchandise. Cela ne signifie pas l&rsquo;arr\u00eat du travail, bien s\u00fbr, mais l&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faut le faire contre un salaire. \u00c0 cette prise de conscience doit s\u2019associer un changement radical des institutions et structures de la soci\u00e9t\u00e9, pour d\u00e9passer le stade capitaliste et cr\u00e9er le communisme.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00ab \u00c0 la place de l&rsquo;ancienne soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association o\u00f9 le libre d\u00e9veloppement de chacun est la condition du libre d\u00e9veloppement de tous \u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> `<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">En 1864, il r\u00e9dige l\u2019Adresse inaugurale de l&rsquo;Association internationale des travailleurs, qui se fonde alors. Cette adresse devient l&rsquo;\u00e2me de cette \u00ab Premi\u00e8re Internationale \u00bb. Tout l&rsquo;effort de Marx dans la r\u00e9daction de cette inauguration tend \u00e0 unifier le mouvement ouvrier qui conna\u00eet toutes sortes de formes de regroupements se r\u00e9clamant du socialisme sur des bases diverses et contradictoires (Mazzini en Italie, Proudhon en France, plus tard Michel Bakounine en Suisse, syndicalisme britannique, lassalliens en Allemagne, etc.). C&rsquo;est pour introduire le congr\u00e8s de Gen\u00e8ve de l&rsquo;AIT que Marx r\u00e9dige ce qui deviendra plus tard son livre Salaire, prix et profits.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La Commune de Paris est \u00e9cras\u00e9e en 1871. Marx r\u00e9dige un texte qui est adopt\u00e9 par l\u2019Internationale : La Guerre civile en France. Karl Marx tire la conclusion que le prol\u00e9tariat ne peut pas se contenter de s&#8217;emparer de la machine d&rsquo;\u00c9tat pour la faire fonctionner \u00e0 son profit : il devra la d\u00e9truire de fond en comble. Marx salue la nouvelle d\u00e9mocratie apparue avec la Commune : le principe de l&rsquo;\u00e9ligibilit\u00e9 et la r\u00e9vocabilit\u00e9 des responsables \u00e0 tous les niveaux de la soci\u00e9t\u00e9 (ex\u00e9cutif, l\u00e9gislatif, judiciaire). Ce texte fait grand bruit, et le nom de l\u2019auteur est alors r\u00e9v\u00e9l\u00e9 : Karl Marx acquiert pour la premi\u00e8re fois une certaine renomm\u00e9e, y compris au sein du mouvement ouvrier.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Des divergences importantes apparaissent au sein de l&rsquo;Internationale. En 1872, deux bakouniniens sont exclus, du fait de leur constitution en fraction secr\u00e8te mais aussi \u00e0 cause de la d\u00e9gradation des rapports entre Marx et Bakounine. Une scission affecte alors l&rsquo;AIT. S\u2019y ajoutant la quasi-disparition du mouvement ouvrier en France du fait de la violente r\u00e9pression de la Commune, l&rsquo;AIT cesse pratiquement d&rsquo;exister en Europe (une partie importante des militants de l\u2019Internationale ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 suivre les principes f\u00e9d\u00e9ralistes pr\u00f4n\u00e9s notamment par Bakounine). Le Conseil g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019AIT de Londres est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 New York, et une internationale ouvri\u00e8re f\u00e9d\u00e9raliste se constitue la m\u00eame ann\u00e9e.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La rupture avec le d\u00e9terminisme contenu dans l&rsquo;id\u00e9e de lutte des classes s&rsquo;effectue par l&rsquo;Ecole de Francfort qui d\u00e9veloppe la th\u00e9orie critique, elle essaie de confronter la r\u00e9flexion philosophique, historique et sociologique classique avec les enseignements du marxisme et de la psychanalyse. Critiquant \u00e0 la fois le positivisme et le marxisme dogmatique des pays de l&rsquo;Est, ce courant de pens\u00e9e d\u00e9veloppe une nouvelle conception r\u00e9volutionnaire du monde.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La technicisation du monde ne peut qu&rsquo;engendrer l&rsquo;asservissement de l&rsquo;homme. Satisfaire ses besoins, c&rsquo;est accepter sa d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis d&rsquo;une \u00e9conomie qui doit produire outils et machines et dominer la nature. On continue alors \u00e0 se poser comme sujet s\u00e9par\u00e9 du monde et, dans une appropriation du monde domin\u00e9 par la raret\u00e9, comme homme s&rsquo;opposant aux autres hommes. Se lib\u00e9rer de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abondance ne signifie pas retourner \u00e0 une saine pauvret\u00e9, \u00e0 la simplicit\u00e9. Mais si on cessait le gaspillage qui est profitable \u00e0 quelques uns, la richesse redistribu\u00e9e augmenterait et par l\u00e0 m\u00eame, se dissiperaient les r\u00e9pressions qui, sous pr\u00e9texte d&rsquo;administrer les biens de la communaut\u00e9, pr\u00e9servent les privil\u00e8ges d&rsquo;une infime minorit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 technologique est avant tout guerri\u00e8re. Machines et m\u00e9canisation sont des moyens de r\u00e9pression \u00e9conomique et politique : dominer le travailleur, cr\u00e9er l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 par le chantage au licenciement etc.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Ainsi, \u00e0 la pens\u00e9e positive (et en particulier au positivisme) qui conduit n\u00e9cessairement \u00e0 un renforcement du pouvoir (la science vise \u00e0 accepter le monde tel qu&rsquo;il est), il faut opposer une pens\u00e9e n\u00e9gative jetant les bases d&rsquo;une lib\u00e9ration existentielle et d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les besoins g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la civilisation industrielle sont abolis. La soci\u00e9t\u00e9 industrielle cr\u00e9e des faux besoins car il s&rsquo;agit avant tout, non pas tant de produire des biens, mais de les \u00e9couler. Remettre en cause les besoins, c&rsquo;est se d\u00e9gager du \u00ab r\u00e8gne de la n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb dont parlait Marx pour entrer dans celui de la libert\u00e9. Il faut donc d&rsquo;abord modifier les besoins avant toute consid\u00e9ration sur le d\u00e9veloppement des forces productives et m\u00eame comme un pr\u00e9alable \u00e0 la structuration d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 non capitaliste. Ce n&rsquo;est pas bien s\u00fbr qu&rsquo;il faudrait changer les mentalit\u00e9s avant les structures (ou les structures avant les mentalit\u00e9s) mais c&rsquo;est plut\u00f4t dire que ces deux changements sont en interaction, que les deux d\u00e9marches doivent \u00eatre unies. Il faut une r\u00e9volution qui prenne l&rsquo;homme dans sa totalit\u00e9, y compris dans ses rapports avec la nature. La lib\u00e9ration est aussi r\u00e9conciliation de soi avec soi. Elle a rapport \u00e0 la sexualit\u00e9, au corps, aux loisirs. La libert\u00e9 est droit \u00e0 la jouissance et c&rsquo;est justement parce que le capitalisme s&rsquo;oppose \u00e0 ce droit qu&rsquo;il est condamnable. Plut\u00f4t que de satisfaire ses besoins, la r\u00e9volution vise \u00e0 les transformer. Il faut trouver en Eros (principe de plaisir), une force de plaisir capable de l&#8217;emporter sur le principe de r\u00e9alit\u00e9, Thanatos, loi de l&rsquo;ordre \u00e9tabli relatif \u00e0 la pulsion de mort.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/h2>\n<h1 style=\"text-align: center\"><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>La notion de Carl Gustave Yung<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0C&rsquo;est celui qui a d\u00e9couvert l\u2019inconscient aux c\u00f4t\u00e9s de Sigmun Freud C&rsquo;est l\u2019homme qui a dress\u00e9 la premi\u00e8re cartographie de notre monde int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019image des premiers g\u00e9ographes C&rsquo;est celui qui a \u00e9clair\u00e9 les grands \u00e9v\u00e9nements de notre histoire en les reliant \u00e0 notre monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui C&rsquo;est celui qui a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019homme les clefs pour que celui-ci retrouve le sens de sa vie.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0L&rsquo;inconscient est un processus et les rapports du moi \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;inconscient et de ses contenus d\u00e9clenchent une \u00e9volution, voire une m\u00e9tamorphose v\u00e9ritable de la psych\u00e9. Dans les cas individuels on peut suivre ce processus \u00e0 travers les r\u00eaves et les phantasmes. Dans le monde collectif, ce processus s&rsquo;est trouv\u00e9 inscrit dans les diff\u00e9rents syst\u00e8mes religieux et dans les m\u00e9tamorphoses de leurs symboles. C&rsquo;est \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9tude des \u00e9volutions individuelles et collectives et \u00e0 travers la compr\u00e9hension de la symbolique alchimique que je parvins \u00e0 la notion cl\u00e9 de toute ma psychologie, \u00e0 la notion du processus d&rsquo;individuation\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><span style=\"color: #000000\">L&rsquo;inconscient collectif et la contribution de Honneger<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Sous l&rsquo;autorit\u00e9 de Jung depuis son entr\u00e9e au Burgh\u00f6zli en 1909, un jeune psychiatre en formation, Johann Jakob Honneger (1885\u20131911), se passionne pour la psychanalyse. Jung lui donne alors \u00e0 \u00e9tudier le cas d&rsquo;Emil Schwyzer, pensionnaire de la clinique zurichoise depuis 1901. Un d\u00e9lire de ce patient int\u00e9resse particuli\u00e8rement Jung\u00a0: Schwyzer y voit le soleil comme un astre sexu\u00e9, poss\u00e9dant un phallus dont le mouvement \u00e9rotique produit le vent. Tr\u00e8s vite, Honneger et Jung y reconnaissent l&rsquo;expression de mythes inconnus du patient, comme celui li\u00e9 \u00e0 la liturgie de Mithra.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Un r\u00eave de Jung l&rsquo;oriente alors vers le concept d&rsquo;arch\u00e9type, qu&rsquo;il d\u00e9veloppe formellement \u00e0 partir de 1911, dans l&rsquo;ouvrage fondateur de la psychologie analytique, M\u00e9tamorphoses et symboles de la libido qui traite des images mythologiques dans les r\u00eaves et les hallucinations. Jung demande \u00e0 Honneger de recueillir le maximum de renseignements cliniques de ce patient, dont l&rsquo;observation est ensuite utilis\u00e9e par le jeune assistant pour r\u00e9diger sa th\u00e8se de psychiatrie. Entrevoyant l&rsquo;importance de ses d\u00e9couvertes, Jung impose \u00e0 Honneger un rythme de travail extr\u00eame, \u00e0 tel point que l&rsquo;\u00e9tudiant sera plus tard consid\u00e9r\u00e9 par certains critiques de Jung comme le v\u00e9ritable d\u00e9couvreur du concept d&rsquo;inconscient collectif\u00a0: l&rsquo;appropriation des travaux d&rsquo;Honneger par Jung est par exemple un th\u00e8me central dans la rh\u00e9torique de Richard Noll, son principal d\u00e9tracteur21. Cependant, la th\u00e9orie culturelle de Jung a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les conclusions d&rsquo;Honneger puisqu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Freud, dans laquelle Jung r\u00e9sume sa position en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne r\u00e9soudrons pas le fond de la n\u00e9vrose et de la psychose sans la mythologie et l&rsquo;histoire des civilisations\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Le premier ouvrage intitul\u00e9 \u00ab\u00a0M\u00e9tamorphoses et symboles de la libido\u00a0\u00bb paru en 1912.\u00a0\u00bbM\u00e9tamorphose de l&rsquo;\u00e2me et ses symboles\u00a0\u00bb est un remaniement important de la premi\u00e8re version et eut lieu vers 1950.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> L&rsquo;id\u00e9e fondamentale sur laquelle repose toute l&rsquo;\u0153uvre est celle d&rsquo;inconscient. Non pas des forces inertes et passives, mais des forces vives et agissantes qui nous font ce que nous sommes, sans que nous puissions conna\u00eetre directement et clairement leur existence. Elles plongent dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de notre \u00eatre. Elles touchent son fond biologique&#8230; Une chose est certaine: elles sont l\u00e0, ces forces obscures, teintant \u00e0 tout moment notre comportement, nos r\u00e9actions, nos id\u00e9es, parfois accaparant notre \u00eatre et l&rsquo;ali\u00e9nant au monde normal.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Le conscient ne serait qu&rsquo;une \u00e9mergence de ces forces, une clart\u00e9 partielle dont nous prenons conscience, point lumineux au-dessus d&rsquo;un oc\u00e9an dont on ne per\u00e7oit ni la profondeur ni l&rsquo;\u00e9tendue, quoique nous sachions qu&rsquo;elles existent.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Rappelons que dans la conception freudienne, l&rsquo;inconscient semble \u00eatre surtout une puissance malfaisante en nous, n\u00e9e du refoulement des tendances insatisfaites qui continuent \u00e0 mener malgr\u00e9 nous une activit\u00e9 perturbatrice ; ces manifestations sont surtout morbides et troublent le plus souvent +\/- profond\u00e9ment le cours normal de la vie.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Pour Jung, sans m\u00e9conna\u00eetre ce qu&rsquo;il peut y avoir de morbide, il consid\u00e8re l&rsquo;inconscient pr\u00e9sent chez tout \u00eatre humain ; et il peut \u00eatre malfaisant aussi bien que bienfaisant. Toute vie psychique se compose n\u00e9cessairement d&rsquo;un conscient et d&rsquo;un inconscient se compensant l&rsquo;un l&rsquo;autre. Cet ensemble constitue la totalit\u00e9 psychique dont nul \u00e9l\u00e9ment ne peut dispara\u00eetre sans dommage pour l&rsquo;individu : la perte de la conscience est ali\u00e9nation, la perte de l&rsquo;inconscient est appauvrissement et d\u00e9sordre.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Chacun de nous poss\u00e8de un inconscient individuel et \u00ab\u00a0au-dessous\u00a0\u00bb de cet inconscient individuel se trouvent des couches profondes et plus difficilement accessibles : ce sont les couches de l&rsquo;inconscient archa\u00efque. Sa particularit\u00e9 est qu&rsquo;il n&rsquo;est pas la propri\u00e9t\u00e9 du seul individu ; ses traits sont ceux de l&rsquo;esp\u00e8ce et se retrouvent chez tous les repr\u00e9sentants de la race humaine.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Appel\u00e9 archa\u00efque, \u00e0 cause du caract\u00e8re primitif de ces manifestations, il est aussi appel\u00e9 collectif pour bien marquer qu&rsquo;il n&rsquo;est pas la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un individu mais celle d&rsquo;une collectivit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Tel le corps, la psych\u00e9, en d\u00e9pit de tout ce qui peut l&rsquo;individualiser, de faire chacune quelque chose d&rsquo;unique et de jamais vu, conserve des traits d&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, par lesquelles elle rapproche jusqu&rsquo;\u00e0 les confondre les repr\u00e9sentants de cette m\u00eame esp\u00e8ce.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> La diff\u00e9renciation tient uniquement au moyen d&rsquo;expression. Les r\u00e9actions aux \u00e9ternels probl\u00e8mes humains, une fois d\u00e9pouill\u00e9 des nuances personnelles par lesquelles elles s&rsquo;expriment, se r\u00e9v\u00e8lent \u00e9tonnamment semblables. Le langage diff\u00e8re; l&rsquo;objet reste le m\u00eame.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> La pens\u00e9e de l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui r\u00e9p\u00e8te et continue celle de jadis&#8230; la raison est une m\u00e9thode de r\u00e9flexion et non une transformation de la nature; elle d\u00e9couvre l&rsquo;encha\u00eenement des ph\u00e9nom\u00e8nes: elle ne le fait.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Nous portons inscrites en nous les traces h\u00e9rit\u00e9es des r\u00e9actions ancestrales. Si nous cr\u00e9ons ou croyons cr\u00e9er au cours des \u00e2ge de nouveaux modes de penser, cela ne veut pas dire que les anciens modes disparaissent; nous les submergeons seulement..<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> De la pens\u00e9e purement \u00e9motive, l&rsquo;humanit\u00e9 est pass\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e rationnelle &#8230; Les formes primitives n&rsquo;ont pas disparu pour cela et nous ne sommes pas uniquement des \u00eatres de raison. Ces formes anciennes sont maintenues parce qu&rsquo;inscrites dans notre nature. Elles vivent en nous, se manifestent souvent \u00e0 notre insu parce que nous ne sommes habitu\u00e9s \u00e0 conna\u00eetre de nous-m\u00eames que la conscience.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Sous-jacentes \u00e0 toute psych\u00e9 qu&rsquo;elles sous-tendent \u00e0 l&rsquo;insu de l&rsquo;individu qui en est porteur, elles apparaissent au cours du traitement d&rsquo;une individualit\u00e9. T\u00f4t ou tard et d&rsquo;une mani\u00e8re quelconque elles prendront place dans la vie comme elles l&rsquo;ont fait au cours du d\u00e9veloppement historique de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">On a souvent pr\u00e9tendu que tout homme qui r\u00e9fl\u00e9chit sur le monde, sur l&rsquo;humanit\u00e9 et sur lui-m\u00eame fait de la philosophie. Jung \u00e9crit dans \u00ab\u00a0Gu\u00e9rison psychologique\u00a0\u00bb&#8230; \u00ab\u00a0que nous sommes au fond, ou devrions \u00eatre des philosophes&#8230;\u00a0\u00bb; ainsi que\u00a0\u00bb La dominante supr\u00eame de la psych\u00e9 est toujours de nature philosophico-religieuse.\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">L&rsquo;ann\u00e9e 1913 marque pour Jung un retour sur lui-m\u00eame : la rupture avec Freud le confronte personnellement \u00e0 une d\u00e9sorientation totale, \u00e0 \u00ab l&rsquo;impression de faire un terrible saut dans l&rsquo;inconnu \u00bb. \u00c0 cette \u00e9poque, Jung dit faire face \u00e0 l&rsquo;inconscient, et c&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;il prend \u00ab conscience de [s]on Soi\/la totalit\u00e9 de [lui]-m\u00eame, au travers de [s]on travail \u00bb, confrontation qui ne s&rsquo;ach\u00e8ve qu&rsquo;en 1919\u00ab Tout se passa \u00e0 travers des visions et des r\u00eaves qu&rsquo;il \u00e9tait incapable de comprendre \u00bb. L&rsquo;interpr\u00e9tation de certains r\u00eaves lui donne l&rsquo;id\u00e9e, pour ne pas perdre sa raison, de revivre ses exp\u00e9riences de petit gar\u00e7on afin d&rsquo;en retrouver les \u00e9motions.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Ses exp\u00e9riences de r\u00e9gression sont compil\u00e9es dans Le Livre noir, intitul\u00e9 peu apr\u00e8s Le Livre rouge, qu&rsquo;il garde \u00e0 sa discr\u00e9tion seule et qui n&rsquo;est publi\u00e9 qu&rsquo;en 2009. Sa fa\u00e7on de diriger la cure analytique s&rsquo;en ressent ; il cherche alors chez ses patients les \u00e9l\u00e9ments de leurs \u00ab mythes personnels \u00bb et donne l\u00e0 les premiers signes d&rsquo;une future th\u00e9orie coh\u00e9rente et distincte de celle de Freud et qu&rsquo;il appelle \u00e0 cette \u00e9poque alternativement \u00ab psychologie analytique \u00bb ou \u00ab psychologie prospective \u00bb. Durant cette p\u00e9riode de retour sur lui, Jung continue n\u00e9anmoins de travailler \u00e0 la r\u00e9daction de Types psychologiques (que de nombreux sp\u00e9cialistes consid\u00e8rent comme sa plus importante contribution au mouvement psychanalytique). Puis il d\u00e9missionne de son poste aux Jahrbuch, s&rsquo;accordant ainsi du temps suppl\u00e9mentaire \u00e0 sa recherche int\u00e9rieure. Celle-ci passe par une m\u00e9thode invent\u00e9e par Jung, qui consiste \u00e0 se laisser aller aux fantasmes et visions diurnes, ce qu&rsquo;il nomme l&rsquo;\u00ab imagination active \u00bb et qu&rsquo;il d\u00e9signe d&rsquo;abord comme \u00ab fonction transcendante \u00bb. Ces derni\u00e8res sont \u00e9galement consign\u00e9es dans Le Livre rouge, qui marque aussi le d\u00e9but de son int\u00e9r\u00eat pour le gnosticisme. Il y narre notamment la confrontation avec trois personnages imaginaires repr\u00e9sentant des complexes inconscients projet\u00e9s : Salom\u00e9, une femme, et Elie puis Phil\u00e9mon. Des recherches avec Toni Wolff naissent les concepts d&rsquo;\u00ab anima \u00bb, d&rsquo;\u00ab animus \u00bb et de \u00ab persona \u00bb \u00e9galement.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Carl Gustav Jung nous a apport\u00e9 aujourd&rsquo;hui,\u00a0 au travers l&rsquo;individuation, les clefs pour aborder le projet d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 marxiste-freudienne pratiquant la\u00ab sublimation non r\u00e9pressive \u00bb des pulsions qu&rsquo;Herbert Marcuse appelait de ses voeux.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>Persona<\/strong><\/span>: dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour d\u00e9signer la part de la personnalit\u00e9 qui organise le rapport de l&rsquo;individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, la fa\u00e7on dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement pr\u00e9d\u00e9fini afin de tenir son r\u00f4le social. Le moi peut facilement s&rsquo;identifier \u00e0 la persona, conduisant l&rsquo;individu \u00e0 se prendre pour celui qu&rsquo;il est aux yeux des autres et \u00e0 ne plus savoir qui il est r\u00e9ellement. Dans ce cas, la persona de Jung est proche du concept de faux self de Donald W. Winnicott. Il faut donc comprendre la persona comme un \u00ab masque social \u00bb, une image, cr\u00e9\u00e9e par le moi, qui peut finir par usurper l&rsquo;identit\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;individu. Alfred de Musset a quelque peu explor\u00e9 ceci dans Lorenzaccio.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong><span style=\"color: #000000\">La\u00a0Vision de Karl Polanyi<\/span><\/strong><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La rupture id\u00e9ologique r\u00e9alis\u00e9e par la cons\u00e9cration unilat\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 provoqu\u00e9e par les \u00e9conomistes lib\u00e9raux consiste en une forme de \u00ab\u00a0d\u00e9r\u00e9gulation (qui) demeure utopique car la Soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9agit en prot\u00e9geant ses membres, ce qui entre en contradiction avec les exigences du march\u00e9 autor\u00e9gul\u00e9 en op\u00e9rant des \u201c <span style=\"text-decoration: underline\"><em>r\u00e9-encastrements<\/em> <\/span>*\u201d volontaristes .\u00bb Ce qui va se traduire concr\u00e8tement par\u00ab\u00a0soit la mont\u00e9e des protections sociales et inter-\u00e9tatiques (protectionnisme), \u00e0 l&rsquo;instar de ce qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 avec le \u201cNew Deal\u201d aux \u00c9tats-Unis.\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> \u00ab\u00a0soit la volont\u00e9 d&rsquo;application au monde r\u00e9el de l&rsquo;id\u00e9al de d\u00e9sencastrement social de l&rsquo;\u00e9conomie ayant un co\u00fbt social trop important, un sc\u00e9nario o\u00f9 cette utopie ouvre la voie \u00e0 une violence \u00e9conomique et politique extr\u00eame, comme l&rsquo;a illustr\u00e9 la crise des ann\u00e9es 1930, qui en Europe a laiss\u00e9 place au nazisme, au fascisme et au stalinisme; elle apparait alors pour ce qu&rsquo;elle est\u00a0: une utopie dangereuse.\u00bb<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Sa vision suit celle d&rsquo;Adorno sur ce sujet.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Face \u00e0 cette utopie qui conduit \u00e0 des impasses, Karl Polanyi s&rsquo;efforce de \u00ab\u00a0d\u00e9gager les conditions de possibilit\u00e9 d&rsquo;un socialisme non bureaucratique, <span style=\"text-decoration: underline\"><em>associationniste<\/em>*<\/span>, qui n&rsquo;abolisse pas le march\u00e9, mais le r\u00e9-encastre dans le rapport social et les r\u00e9gulations d\u00e9mocratiques.\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Son livre majeur \u00ab<em><span style=\"text-decoration: underline\">\u00a0<a title=\"La Grande Transformation\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Grande_Transformation\"><span style=\"color: #000000;text-decoration: underline\">La Grande Transformation*<\/span><\/a><\/span><\/em><i> \u00bb\u00a0<\/i>souligne l&rsquo;absence de naturalit\u00e9 et d&rsquo;universalit\u00e9 de concepts comme l&rsquo;\u00ab\u00a0<i>Homo \u0153conomicus<\/i>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<i>le march\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb souvent pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 ses yeux comme \u00e9vidents ou ayant valeur ou signification uniques et\/ou intemporelles. Vision erron\u00e9e et utopique qui r\u00e9sulte selon lui du \u00ab\u00a0<i>d\u00e9sencastrement<\/i>\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9conomie (op\u00e9r\u00e9 et r\u00e9ussi par le lib\u00e9ralisme) et de son autonomisation en dehors de toute Soci\u00e9t\u00e9 globale.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00ab Les formes d\u2019int\u00e9gration ne repr\u00e9sentent pas des \u201cstades\u201d de d\u00e9veloppement. Aucune succession dans le temps n\u2019est sous-entendue. Plusieurs formes secondaires peuvent \u00eatre pr\u00e9sentes en m\u00eame temps que la forme dominante, qui peut elle-m\u00eame r\u00e9appara\u00eetre apr\u00e8s une \u00e9clipse temporaire. \u00bb (POLANYI et al., [1957], 1975, p. 249)<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Pour r\u00e9sumer, selon Karl POLANYI, la diff\u00e9rence entre r\u00e9ciprocit\u00e9 et march\u00e9 est bas\u00e9e sur deux \u00e9l\u00e9ments fondamentaux. D\u2019une part, la r\u00e9ciprocit\u00e9 ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une dualit\u00e9 de partenaires d\u2019\u00e9change. La r\u00e9ciprocit\u00e9 s\u2019inscrit dans une totalit\u00e9 pens\u00e9e comme telle ; en cela, l\u2019\u00e9conomie dite sociale et solidaire participe de la r\u00e9ciprocit\u00e9 ; elle s\u2019appuie sur un principe permettant de la distinguer des autres modes de production, de circulation et de financement soumis aux logiques de la redistribution, du march\u00e9 ou des contraintes domestiques. D\u2019autre part, une diff\u00e9rence essentielle du mod\u00e8le commutatif du march\u00e9 avec les autres principes de fonctionnement, que sont l\u2019autarcie domestique (autarcy), la sym\u00e9trie (symmetry) ou r\u00e9ciprocit\u00e9 (reciprocity), et la centricit\u00e9 (centricity), est que ces derniers ne sont pas autonomis\u00e9s dans une institution ayant pour objet essentiel cette fonction (POLANYI, [1944], 1957, p. 56). Les institutions ont alors des fonctions religieuses, politiques, militaires, etc., sans lien direct avec la production, l\u2019\u00e9change et le financement. Le social, la culture et la spiritualit\u00e9 n\u2019y sont pas absorb\u00e9s en r\u00e9duisant leur fonctionnement aux seules contraintes \u00e9conomiques de la production, de la circulation et du financement.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00ab En tant que forme d\u2019int\u00e9gration, la r\u00e9ciprocit\u00e9 gagne beaucoup en efficacit\u00e9 du fait qu\u2019elle peut utiliser la redistribution ainsi que l\u2019\u00e9change comme m\u00e9thodes subordonn\u00e9es. On peut parvenir \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 en partageant le poids du travail selon des r\u00e8gles pr\u00e9cises de redistribution, par exemple lors de l\u2019accomplissement des t\u00e2ches \u00ab \u00e0 tour de r\u00f4le \u00bb. De m\u00eame, la r\u00e9ciprocit\u00e9 s\u2019obtient parfois par l\u2019\u00e9change selon des \u00e9quivalences fix\u00e9es afin d\u2019avantager le partenaire qui vient \u00e0 manquer d\u2019une esp\u00e8ce de produits indispensables \u2013 institution fondamentale dans les anciennes soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Orient. En fait, dans les \u00e9conomies non marchandes, ces deux formes d\u2019int\u00e9gration \u2013 r\u00e9ciprocit\u00e9 et redistribution \u2013 se pratiquent g\u00e9n\u00e9ralement ensemble. \u00bb (POLANYI et al., [1957], 1975, p. 247).<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">On a l\u00e0 une belle le\u00e7on pour une red\u00e9couverte du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 au fondement de la solidarit\u00e9 (GU\u00c9RIN, 2003 ; VALLAT, 1999) pour comprendre les modes d\u2019hybridation des ressources. La solidarit\u00e9 fond\u00e9e sur un principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 se distingue de la protection caract\u00e9ristique de syst\u00e8mes fond\u00e9s sur la redistribution. Ceci rappelle aussi que la r\u00e9ciprocit\u00e9, au fondement de la solidarit\u00e9, ne peut \u00eatre confondue ni avec la simple g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, ni avec un calcul math\u00e9matique d\u2019\u00e9quivalences (POLANYI et al., [1957], 1975, p. 100). Selon le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9, chacun s\u2019acquitte selon ses capacit\u00e9s : \u00ab Lorsque la r\u00e9ciprocit\u00e9 est la forme d\u2019int\u00e9gration, les \u00e9quivalences d\u00e9terminent la quantit\u00e9 qui est \u201cappropri\u00e9e\u201d par rapport \u00e0 la partie qui occupe une place sym\u00e9trique. \u00bb (POLANYI et al., [1957], 1975, p. 259). Ceci \u00e9claire les discriminations positives en mati\u00e8re de tarification et de prix que l\u2019on rencontre par exemple dans le commerce dit \u00e9quitable, dans les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9change local ou dans la finance \u00e9thique ou de partage.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0La r\u00e9ciprocit\u00e9 se situe dans un tout social, et celui-ci suppose au pr\u00e9alable une fragmentation, une singularisation des \u00eatres que la composition d\u2019une totalit\u00e9 r\u00e9unit. L\u2019individualisation est n\u00e9cessaire \u00e0 la solidarit\u00e9. Le \u00ab je \u00bb se d\u00e9finit par rapport \u00e0 autrui et non par son ind\u00e9pendance aux autres. Il y a souci de l\u2019autre. Il y a prise en charge d\u2019autrui par chacun.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Karl POLANYI nous parle des soci\u00e9t\u00e9s du Sud o\u00f9 le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par des anthropologues. Il montre comment la distinction du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 de ceux de redistribution et de march\u00e9 peut contribuer aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9finir l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire tant au Nord qu\u2019au Sud. Deux apports nous paraissent ici essentiels pour comprendre les contraintes actuelles de son \u00e9panouissement. Le premier apport de cette d\u00e9finition est l\u2019affirmation de l\u2019interd\u00e9pendance d\u2019\u00e9l\u00e9ments diff\u00e9rents dans un tout social pens\u00e9 comme tel (et qui est donc radicalement diff\u00e9rente de l\u2019interd\u00e9pendance subie d\u2019\u00e9l\u00e9ments suppos\u00e9s \u00e9galisables par la logique de la valeur \u00e9conomique dans la commutation marchande). Le second apport \u00e0 retenir est que si la r\u00e9ciprocit\u00e9 figure en situation de compl\u00e9mentarit\u00e9 du march\u00e9, elle se trouve en quelque sorte pervertie quand celui-ci est dominant. Ceci est illustr\u00e9 par les limites du commerce \u00e9quitable, des monnaies locales ou celles du microcr\u00e9dit (AUROI, SCH\u00dcMPERLI YOUNOSSIAN, 2006 ; BLANC, 2006 ; SERVET, 2006). On doit aussi admettre que le principe de march\u00e9, m\u00eame quand il appara\u00eet h\u00e9g\u00e9monique, est incapable de fonctionner de fa\u00e7on autonome et p\u00e9renne. Les solidarit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 une r\u00e9silience de la soci\u00e9t\u00e9 sont entre et au sein des territoires, entre sexes et entre g\u00e9n\u00e9rations, y compris avec les g\u00e9n\u00e9rations futures dans la perspective d\u2019un d\u00e9veloppement socialement durable et physiquement soutenable. D\u2019o\u00f9 de multiples s\u00e9ductions des id\u00e9ologies n\u00e9olib\u00e9rales, dont l\u2019\u00e9conomisme se situe aux antipodes de la solidarit\u00e9, mais aussi, du fait m\u00eame de cette n\u00e9cessaire confusion, de r\u00e9elles potentialit\u00e9s d\u2019essor de pratiques solidaires permettant un sursaut d\u2019humanit\u00e9.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>*Encastrement\/D\u00e9sencastrement<\/strong><\/span>:A la suite de Karl Polanyi, l&rsquo;encastrement (embeddedness) d\u00e9signe l&rsquo;insertion de la sph\u00e8re \u00e9conomique dans la sph\u00e8re sociale ou, au contraire, durant tout le XIX\u00e8 si\u00e8cle, son autonomie.\u00a0Pour Polanyi, dans\u00a0<i>La grande transformation<\/i>, le d\u00e9sencastrement de l&rsquo;\u00e9conomie intervient notamment lorsque sont cr\u00e9\u00e9s des march\u00e9s du travail, de la monnaie et de la terre.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline;color: #000000\"><strong><span style=\"text-decoration: underline\">*Le socialisme participatif ou associasionniste<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Dans une \u00e9conomie autog\u00e9r\u00e9e (voir par exemple Devine (2002) ou Schweickart (1995)), les travailleurs associ\u00e9s, en liaison avec la soci\u00e9t\u00e9 civile et les pouvoirs publics, sont directement engag\u00e9s dans la gestion des entreprises. Ils (elles) participent \u00e0 l\u2019\u00e9lection des dirigeants de l&rsquo;entreprise, et peuvent \u00e0 tout moment demander la r\u00e9vocation des \u00e9lus. Ils discutent des projets de l&rsquo;entreprise, et se prononcent sur les d\u00e9cisions strat\u00e9giques. Ils ne sont toutefois pas les propri\u00e9taires du capital, pas plus qu\u2019il n\u2019y a de capitalistes priv\u00e9s pour apporter des capitaux. Ceux-ci doivent \u00eatre emprunt\u00e9s \u00e0 des organismes de cr\u00e9dit. Il n&rsquo;y a donc pas de march\u00e9 des titres de propri\u00e9t\u00e9: personne ne peut acheter, vendre ou poss\u00e9der une entreprise o\u00f9 travaillent d&rsquo;autres personnes (bien entendu, des exceptions peuvent \u00eatre admises pour de petites entreprises). Il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs pas non plus de salariat, ni de march\u00e9 du travail: seulement des postes de travail entre lesquels peuvent circuler librement des travailleurs qui s\u2019associent alors \u00e0 des coop\u00e9ratives.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Car dans le socialisme participatif, l\u2019autogestion r\u00e9alise le vieux r\u00eave de l\u2019abolition du salariat. Comme le montrait Marx, un travailleur qui est embauch\u00e9 contre un salaire ne peut ma\u00eetriser ni son travail, ni son produit, ni son existence. Il doit se soumettre \u00e0 des forces h\u00e9t\u00e9ronomes\u00a0: la hi\u00e9rarchie et (aujourd\u2019hui surtout) le march\u00e9. Salariat signifie soumission (subordination en termes juridiques). Un producteur soumis ne peut \u00eatre un citoyen libre.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Dans le r\u00e9gime d\u2019autogestion caract\u00e9ristique du socialisme participatif, au contraire, les travailleurs embauchent le capital: ils payent aux institutions de cr\u00e9dit un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat fixe pour le capital emprunt\u00e9, et ach\u00e8tent les \u00e9quipements et les mati\u00e8res n\u00e9cessaires pour maintenir la capacit\u00e9 de production et vendre sur le march\u00e9. Le revenu de l&rsquo;entreprise sert d&rsquo;abord \u00e0 rembourser les emprunts et \u00e0 payer les imp\u00f4ts; le solde constitue la r\u00e9mun\u00e9ration des travailleurs, r\u00e9partie entre eux selon une \u00e9chelle d\u00e9mocratiquement d\u00e9cid\u00e9e. Le rapport capital-travail est ainsi renvers\u00e9: les travailleurs s&rsquo;approprient le surplus \u2013 moyennant l\u2019obligation de respecter des r\u00e8gles d\u2019ordre public par exemple sur le salaire minimum.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Dans ces conditions les principaux facteurs d&rsquo;efficacit\u00e9 li\u00e9s aux m\u00e9canismes marchands sont conserv\u00e9s: le libre choix des consommateurs, la concurrence des producteurs, leur motivation par la r\u00e9mun\u00e9ration de leurs efforts. La diff\u00e9rence avec le capitalisme est double: l&rsquo;interdiction de l&rsquo;autofinancement et de l&rsquo;appropriation priv\u00e9e du capital, afin de socialiser les d\u00e9cisions d\u2019investissement; l&rsquo;interdiction d&#8217;embaucher de la main-d&rsquo;oeuvre. Personne ne peut accumuler \u00e0 titre priv\u00e9 des pouvoirs \u00e9conomiques exorbitants: les riches peuvent percevoir des int\u00e9r\u00eats sur leur patrimoine ou louer leurs ch\u00e2teaux, mais non utiliser leur richesse pour d\u00e9cider du sort de milliers de salari\u00e9s. Quant \u00e0 l&rsquo;interdiction du salariat, elle signifie que, quand une entreprise recrute, elle doit donner aux nouveaux travailleurs le m\u00eame statut qu&rsquo;aux coop\u00e9rateurs plus anciens; c&rsquo;est-\u00e0-dire partager avec eux le pouvoir de d\u00e9cision (\u201c\u00a0une personne, une voix\u00a0\u201d) et le fruit du travail commun. L\u2019\u00e9galit\u00e9 des statuts et des droits est un puissant stimulant au d\u00e9veloppement de l\u2019implication et de la cr\u00e9ativit\u00e9 de chacun.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><span style=\"text-decoration: underline\"><strong>*La Grande transformation<\/strong><\/span>. Aux origines politiques et \u00e9conomiques de notre temps<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Trad. de l&rsquo;anglais (\u00c9tats-Unis) par Maurice Angeno et Catherine Malamoud. Pr\u00e9face de Louis Dumont<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Collection Biblioth\u00e8que des Sciences humaines, Gallimard<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Parution : 02-02-1983<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> La \u00abGrande Transformation\u00bb, Polanyi le montre, c&rsquo;est ce qui est arriv\u00e9 au monde \u00e0 travers la grande crise \u00e9conomique et politique des ann\u00e9es 1930-1945 : la mort du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Apparu un si\u00e8cle plus t\u00f4t avec la r\u00e9volution industrielle, ce lib\u00e9ralisme \u00e9tait une puissante innovation du monde occidental, un cas unique dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 : jusque-l\u00e0 \u00e9l\u00e9ment secondaire de la vie \u00e9conomique, le march\u00e9 s&rsquo;est rendu ind\u00e9pendant des autres fonctions et pos\u00e9 en \u00e9l\u00e9ment autor\u00e9gulateur.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> L&rsquo;innovation consistait essentiellement dans un mode de pens\u00e9e. Pour la premi\u00e8re fois, on se repr\u00e9sentait une sorte particuli\u00e8re de ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques, comme s\u00e9par\u00e9s et constituant \u00e0 eux seuls un syst\u00e8me distinct auquel tout le reste du social \u2013 \u00e0 commencer par la terre, le travail et l&rsquo;argent \u2013 devait \u00eatre soumis. On avait d\u00e9socialis\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie ; la grande crise des ann\u00e9es trente imposa au monde une resocialisation de l&rsquo;\u00e9conomie.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Cette analyse du march\u00e9 comme institution non naturelle suscite d\u00e9sormais un v\u00e9ritable regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans un monde globalis\u00e9 o\u00f9 le n\u00e9olib\u00e9ralisme est \u00e0 son tour entr\u00e9 dans une crise dont on attend qu&rsquo;il en r\u00e9sulte une nouvelle \u00abgrande transformation\u00bb.<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Les ma\u00eetres de la subversion<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Au grand dam des productivistes\u2026<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">D\u00e8s les Manuscrits de 1844, Marx d\u00e9finit la nature comme \u00ab\u00a0le corps inorganique de l\u2019homme\u00a0\u00bb et critique l\u2019ali\u00e9nation qui arrache l\u2019homme \u00e0 sa condition corporelle. Il pr\u00e9sente alors l\u2019homme comme un \u00eatre naturel \u00e9quip\u00e9 de facult\u00e9s naturelles et d\u00e9finissait le communisme comme un \u00ab\u00a0naturalisme pleinement d\u00e9velopp\u00e9\u00a0\u00bb. Fortement impressionn\u00e9 par l\u2019\u00e9tude d\u2019Engels sur La Situation de la classe ouvri\u00e8re anglaise (1845) et par sa critique pionni\u00e8re de l\u2019urbanisation, des conditions sanitaires, de la question du logement, il voit dans la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e le secret de cette ali\u00e9nation, au point que \u00ab\u00a0le besoin d\u2019air pour lui-m\u00eame soit ni\u00e9 en tant que besoin pour le travailleur\u00a0\u00bb. De m\u00eame, la rente fonci\u00e8re subordonne l\u2019usage de la terre privatis\u00e9e \u00e0 la loi du march\u00e9. La privatisation de l\u2019eau, demain peut-\u00eatre celle de l\u2019air (par le biais d\u2019un march\u00e9 des droits \u00e0 polluer), a suivi depuis la m\u00eame logique de confiscation et de privatisation du bien commun.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Une conclusion du jeune Marx, qui parcourt son \u0153uvre comme un fil rouge, c\u2019est l\u2019importance de la s\u00e9paration entre villes et campagne qui approfondit la division du travail en coupant le travail intellectuel de ses racines naturelles L\u2019une des premi\u00e8res t\u00e2ches du communisme serait donc l\u2019abolition de cette opposition antagonique.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> c\u2019est parce que Marx et Engels ont autant insist\u00e9 sur le d\u00e9passement de la contradiction entre ville et campagne, indispensable pour surmonter l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019humanit\u00e9 envers la nature, qu\u2019ils furent pouss\u00e9s \u00e0 poser la question \u00e9cologique dans des termes d\u00e9passant aussi bien la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise que les objectifs imm\u00e9diats du mouvement prol\u00e9tarien. Soucieux de ne pas retomber dans le pi\u00e8ge d\u2019un socialisme utopique proposant les plans achev\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 future ind\u00e9pendamment de l\u2019\u00e9tat du mouvement r\u00e9el, ils n\u2019en ont pas moins soulign\u00e9 \u2013 comme Fourier et certains autres utopistes \u2013 la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation de la nature pour cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 durable.\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>les trois piliers de l&rsquo;\u00e9cologie selon Marx<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\">Bellamy Foster dans ses \u00e9crits d\u00e9gage trois grands fondements de ce qu\u2019il revendique comme \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cologie de Marx\u00a0\u00bb. <\/span><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\"><strong>*Le premier vient de loin<\/strong>. Il trouverait son origine dans l\u2019int\u00e9r\u00eat et dans la th\u00e8se doctorale de 1841 (Marx a alors 23 ans) sur le mat\u00e9rialisme non d\u00e9terministe et anti-t\u00e9l\u00e9ologique d\u2019\u00c9picure, auquel il reproche cependant de rester un mat\u00e9rialisme contemplatif. De l\u00e0 viennent, contre la m\u00e9taphysique cart\u00e9sienne, sa sympathie envers Gassendi et son attention constante aux questions de la contingence, de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, et de la libert\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e de l\u2019agir.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\">`<\/span><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\">*Le second pivot de l\u2019\u00e9cologie de Marx r\u00e9siderait dans l\u2019importance que prend au fil de ses travaux (et notamment dans Le Capital), le concept de \u00ab\u00a0m\u00e9tabolisme\u00a0\u00bb (Stoffwechsel) emprunt\u00e9 \u00e0 Julius Liebig, dont la Chimie agricole date de 1840 et la Chimie animale de 1842. Le m\u00e9tabolisme d\u00e9finit chez Marx le proc\u00e8s de travail comme proc\u00e8s d\u2019\u00e9change organique entre l\u2019homme et la nature. Les rapports capitalistes de production provoquent dans ce proc\u00e8s une rupture dont la scission entre ville et campagne est l\u2019expression. Selon Tim Hayward, la notion de m\u00e9tabolisme socio\u00e9cologique chez Marx \u00ab\u00a0saisit les aspects fondamentaux de l\u2019existence humaine, int\u00e9grant les \u00e9changes mat\u00e9riels et \u00e9nerg\u00e9tiques entre les \u00eatres humains et leur environnement naturel. Ce m\u00e9tabolisme est r\u00e9gul\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la nature par les lois naturelles qui gouvernent les diff\u00e9rents processus physiques impliqu\u00e9s, et, du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, par les normes institutionnalis\u00e9es qui gouvernent la division du travail, la r\u00e9partition de richesse, etc.\u00a0\u00bb. L\u2019adoption de ce concept pr\u00e9parerait une assimilation des questions de l\u2019\u00e9nergie et ouvrirait ainsi la voie \u00e0 l\u2019\u00e9cologie quantitative.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> D\u00e8s son arriv\u00e9e en Angleterre, en 1851, Marx s\u2019est pench\u00e9 sur les \u00e9tudes de James Anderson sur les lois sur le bl\u00e9. Il s\u2019est passionn\u00e9 pour celles de Liebig sur la deuxi\u00e8me r\u00e9volution agraire (celle de la m\u00e9canisation et des fertilisants), qui annoncent la d\u00e9gradation des sols et la d\u00e9forestation sous le triple effet d\u2019une demande de fertilit\u00e9 croissante, d\u2019une quantification abstraite de la production, et d\u2019une rationalisation ravageuse de l\u2019\u00e9conomie marchande. Il en a acquis la conviction que la croissance li\u00e9e \u00e0 l\u2019agriculture capitaliste intensive n\u2019est pas \u00ab\u00a0soutenable\u00a0\u00bb \u2013 pour employer un terme actuel. L\u2019introduction de Liebig \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de 1862 renfor\u00e7a ce diagnostic. Le c\u00e9l\u00e8bre chimiste envisageait en effet ni plus ni moins que la ruine de l\u2019agriculture. Il r\u00e9clamait de toute urgence \u00ab\u00a0une restauration des \u00e9l\u00e9ments constitutifs des sols\u00a0\u00bb. Cette mise en alerte a exerc\u00e9 une influence \u00e9vidente sur la r\u00e9daction en cours du livre I du Capital.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> La production capitaliste concentre la population dans de grands centres urbains avec une double cons\u00e9quence. D\u2019une part, elle concentre les forces historiques motrices de la soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019autre part elle d\u00e9traque l\u2019interaction m\u00e9tabolique entre l\u2019humanit\u00e9 et la terre\u00a0; elle emp\u00eache, autrement dit, le retour \u00e0 la terre de ses \u00e9l\u00e9ments nutritifs constituants [\u2026]. Tout progr\u00e8s dans l\u2019agriculture capitaliste devient ainsi un progr\u00e8s dans l\u2019art, non seulement de d\u00e9pouiller le travailleur, mais de spolier le sol\u00a0; tout progr\u00e8s qui accro\u00eet la fertilit\u00e9 du sol pour une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e est aussi un progr\u00e8s qui ruine ses sources \u00e0 plus long terme. Ainsi, la production capitaliste ne d\u00e9veloppe la technique et ne contribue au proc\u00e8s social de production qu\u2019en minant simultan\u00e9ment les sources originelles de toute richesse\u00a0: le sol et le travailleur.\u00a0\u00bb Tel est bien le r\u00e9sultat de \u00ab\u00a0l\u2019exploitation capitaliste\u00a0\u00bb du sol, qui r\u00e9duit la terre au statut de marchandise n\u00e9gociable et d\u00e9traque le \u00ab\u00a0proc\u00e8s r\u00e9gulateur\u00a0\u00bb du m\u00e9tabolisme.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">*Enfin, le troisi\u00e8me pilier de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cologie de Marx\u00a0\u00bb r\u00e9siderait dans son ouverture \u00e0 la probl\u00e9matique du d\u00e9veloppement durable. Car il ne con\u00e7oit pas la critique de l\u2019\u00e9conomie politique \u2013 comme ce fut trop souvent le cas de la part de ses lecteurs press\u00e9s ou ignorants \u2013 du seul point de vue de la production (correspondant au livre I du Capital) mais bien du point de vue du plan g\u00e9n\u00e9ral du Capital et notamment de la \u00ab\u00a0reproduction d\u2019ensemble\u00a0\u00bb (qui fait l\u2019objet du livre III). En effet, son analyse du \u00ab\u00a0m\u00e9tabolisme d\u00e9traqu\u00e9\u00a0\u00bb entre l\u2019homme et son environnement conduit logiquement, affirme Bellamy Foster, \u00e0 se pr\u00e9occuper des conditions de d\u00e9veloppement soutenable (sustainable), et notamment de la question \u2013 soulign\u00e9e par Engels d\u00e8s La Situation de la classe ouvri\u00e8re anglaise \u2013 du retour \u00e0 la terre de ses \u00e9l\u00e9ments nutritifs, \u00e0 commencer par les excr\u00e9ments et les d\u00e9jections naturelles. Marx soul\u00e8ve ainsi le probl\u00e8me des conditions de reproduction requises par \u00ab\u00a0la cha\u00eene des g\u00e9n\u00e9rations humaines\u00a0\u00bb, qui exigent d\u00e9sormais un rapport conscient et rationnel \u00e0 la terre, si l\u2019on veut contrecarrer les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par un usage aveugle de la technique soumise \u00e0 une logique capitaliste de profit \u00e0 courte vue. Le r\u00f4le que jouent aujourd\u2019hui les grands semenciers comme Monsanto ou Novartis dans le d\u00e9veloppement des organismes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s confirme ce diagnostic de mani\u00e8re \u00e9clatante.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Marx a chercher \u00e0 nous introduire \u00e0 une \u00e9cologie mat\u00e9rialiste et dialectique.<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong> La th\u00e8se de Polagnyi<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Polanyi est connu pour son concept de march\u00e9 autor\u00e9gulateur. La th\u00e8se de Polanyi qui se d\u00e9tache de plusieurs de ces essais consiste \u00e0 d\u00e9montrer que l\u2019\u00e9mergence d\u2019un march\u00e9 autor\u00e9gulateur \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, et durant tout le XIX\u00e8me si\u00e8cle, constitue une radicale nouveaut\u00e9 dans l\u2019histoire de l\u2019homme. Pour Polanyi, en effet jusqu\u2019\u00e0 cette exp\u00e9rience qui na\u00eet en Angleterre au moment de la R\u00e9volution industrielle, l\u2019\u00e9conomie a toujours \u00e9t\u00e9 contenue dans les structures sociales, ins\u00e9r\u00e9e dans un ensemble d\u2019institutions qui l\u2019encadre et d\u00e9termine son mode de fonctionnement.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> l\u2019\u00e9mergence de ce que Marx qualifiera de capitalisme suppose une inversion de ce rapport\u00a0: l\u2019\u00e9conomie s\u2019autonomise puis domine et dirige la soci\u00e9t\u00e9, lui donnant \u00e0 son tour son mode de fonctionnement et ses r\u00e8gles. Cela se passe, rappelle Polanyi, dans le cadre de la marchandisation fictive de trois piliers de la vie sociale artificiellement soumis aux r\u00e8gles marchandes\u00a0: le travail, les ressources naturelles et la monnaie de cr\u00e9dit. \u00ab\u00a0Mais il est \u00e9vident que travail, terre et monnaie ne sont pas des marchandises : en ce qui les concerne le postulat selon lequel tout ce qui est achet\u00e9 et vendu doit avoir \u00e9t\u00e9 produit est carr\u00e9ment faux\u00a0\u00bb (Polanyi 1983\u00a0: 107-109). Ils doivent pourtant \u00eatre trait\u00e9s comme tels pour satisfaire les besoins de fonctionnement et d&rsquo;accumulation du capital productif (Postel et Sobel 2008, 2010). La confusion entre cette place singuli\u00e8re qu\u2019occupe l\u2019\u00e9conomie dans le capitalisme et l\u2019identification du fait \u00e9conomique en g\u00e9n\u00e9ral est, selon Polanyi, \u00e0 l\u2019origine de l\u2019une des plus graves confusions intellectuelles qui soit, entre l\u2019\u00e9conomie formelle et l\u2019\u00e9conomie substantive.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> C\u2019est de cette confusion que traite la premi\u00e8re partie des Essais. L\u2019\u00e9conomie formelle, rappelle Polanyi dans un des premiers essais ici republi\u00e9 (53-79), se comprend comme l\u2019\u00e9tude du choix efficace des moyens alternatifs en vue de la r\u00e9alisation d\u2019objectifs donn\u00e9s dans un contexte de raret\u00e9. Autrement dit, l\u2019\u00e9conomie formelle se confond avec le fait d\u2019\u00eatre \u00e9conome, d\u2019obtenir le plus par le moins, d\u2019\u00eatre, au sens instrumental, \u00ab\u00a0rationnel\u00a0\u00bb. Elle s\u2019\u00e9rige ainsi en science de la rationalit\u00e9. Pourtant, toutes les actions \u00e9conomiques ne sont pas rationnelles et certaines actions rationnelles ne rel\u00e8vent pas intrins\u00e8quement de l\u2019\u00e9conomie. Elles ne rel\u00e8vent pas en tout cas de l\u2019\u00e9conomie en tant qu\u2019ensemble des activit\u00e9s de production et d\u2019\u00e9change. La d\u00e9finition de l\u2019\u00e9conomie formelle ne correspond donc en rien \u00e0 celle de l\u2019\u00e9conomie \u00ab\u00a0substantive\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir le \u00ab\u00a0proc\u00e8s institutionnalis\u00e9 d\u2019interaction entre l\u2019homme et son environnement, qui se traduit par la fourniture continue de moyens mat\u00e9riels permettant la satisfaction des besoins\u00a0\u00bb\u00a0 que d\u00e9fend Polanyi.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> En fait ces deux d\u00e9finitions visent deux choses tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes qui coexistent fortuitement dans une \u00e9conomie capitaliste fond\u00e9e sur le march\u00e9 autor\u00e9gulateur. En effet, l\u2019agent \u00e9conomique marchand se contente d\u2019\u00eatre rationnel, lorsque l\u2019\u00e9conomie correspond au p\u00e9rim\u00e8tre marchand d\u2019un univers fond\u00e9 exclusivement sur la libre concurrence et la loi de l\u2019offre et de la demande, dans ce cas, et seulement dans ce cas, \u00e9tudier l\u2019\u00e9conomie \u00ab\u00a0substantive\u00a0\u00bb revient \u00e0 se faire sp\u00e9cialiste du choix rationnel. Mais cette superposition est doublement fautive. Elle n\u2019a, tout d\u2019abord, aucune l\u00e9gitimit\u00e9 historique ni g\u00e9ographique, comme le montrent les nombreux travaux de Polanyi dans ce domaine (49-281). L\u2019\u00e9conomique existe dans toute soci\u00e9t\u00e9 humaine et constitue m\u00eame l\u2019une des premi\u00e8res questions qu\u2019une collectivit\u00e9 doit r\u00e9soudre, mais elle ne prend pas syst\u00e9matiquement la forme d\u2019un march\u00e9 autor\u00e9gulateur qui s\u2019autonomise. La validit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie formelle est donc restreinte au syst\u00e8me capitaliste et ne dispose d\u2019aucune ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 lui. Qui plus est, elle \u00ab\u00a0essentialise\u00a0\u00bb un syst\u00e8me \u00e9conomique qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, n\u2019est pas viable\u00a0: le syst\u00e8me de march\u00e9 autor\u00e9gulateur, litt\u00e9ralement, dissout la soci\u00e9t\u00e9. En effet ce \u00ab\u00a0d\u00e9sencastrement\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9conomique vis-\u00e0-vis du social, uniquement rep\u00e9rable depuis une posture d\u2019\u00e9conomiste \u00ab\u00a0substantiviste\u00a0\u00bb, mettrait selon Polanyi la soci\u00e9t\u00e9 en p\u00e9ril.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Cette menace sociale que porte en lui le principe de march\u00e9 autor\u00e9gulateur est longuement \u00e9tudi\u00e9e par Polanyi dans la seconde partie des Essais. Polanyi y souligne en particulier un ph\u00e9nom\u00e8ne rarement analys\u00e9\u00a0: l\u2019\u00e9troite relation entre le lib\u00e9ralisme, une certaine dislocation sociale li\u00e9e \u00e0 la pouss\u00e9e de l\u2019individualisme, et le fascisme. L\u2019analyse de ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas secondaire. Elle est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de Polanyi, traumatis\u00e9 par le fascisme et arc-bout\u00e9 dans la volont\u00e9 de comprendre la m\u00e9canique qui a pu mener les soci\u00e9t\u00e9s occidentales les plus cultiv\u00e9es \u00e0 s\u2019y ab\u00eemer.Question pr\u00e9c\u00e9demment abord\u00e9e par th\u00e9odor Adorno en 1920-1940,\u00a0\u00bb Les th\u00e9ories du fascisme\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong> l&rsquo;\u00e9cologie selon Polagnyi<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Selon Polagnyi \u00ab\u00a0Ce que nous appelons la terre est un \u00e9l\u00e9ment de la nature inextricablement entrelac\u00e9 dans les institutions de l\u2019homme. Le plus \u00e9trange de toutes les entreprises de nos anc\u00eatres a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 de l\u2019isoler et d\u2019en faire un march\u00e9 [\u00a0\u2026] cela a \u00e9t\u00e9 une conception vitale de la conception utopique d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> La catastrophe nucl\u00e9aire japonaise de cette ann\u00e9e 2011 accro\u00eetra les contraintes pesant sur ce qui a constitu\u00e9, longtemps, un facteur crucial de l\u00e9gitimation du capitalisme\u00a0: la croissance. Il se peut que l\u2019id\u00e9ologie \u00e9conomique perde de sa capacit\u00e9 \u00e0 organiser le r\u00e9el. D\u00e8s 2008, dans le sillage de travaux nombreux, F. Neyrat nous avertissait de ce que la notion de \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb, c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie contemporaine, \u00e9tait impuissante \u00e0 appr\u00e9hender\u00a0 les d\u00e9terminations catastrophiques de notre monde, o\u00f9 l\u2019interd\u00e9pendance croissante entre \u00e9conomie et \u00e9cosyst\u00e8me vide de sens la notion de \u00ab\u00a0risque naturel\u00a0\u00bb. Au minimum, admettons que le risque, qui compte pour l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9, est absolument non probabilisable\u00a0: ceci est le cauchemar de la science \u00e9conomique encore dominante. C\u2019est la fin de la logique assurantielle, pivot de l\u2019orthodoxie en \u00e9conomie et de nombres d\u2019institutions \u00e9conomiques, laquelle peut \u00eatre masqu\u00e9e par une socialisation croissante des co\u00fbts priv\u00e9s.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Deux \u00e9volutions sont possibles. Nous pouvons pers\u00e9v\u00e9rer dans la logique l\u00e9tale de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 ou de ses fausses alternatives, que sont les \u00ab\u00a0capitalismes politiques\u00a0\u00bb \u00e0 la chinoise ou \u00e0 l\u2019iranienne. Nous devons d\u2019ailleurs \u00eatre conscients que la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019identit\u00e9, via une habile mobilisation des m\u00e9canismes de r\u00e9ciprocit\u00e9, peut \u00eatre un avantage pour assurer la perp\u00e9tuation de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9. Si la revendication de certains modes de vie constitue parfois un obstacle dress\u00e9 contre certaines extensions du Capital, il n\u2019en reste pas moins que, faute d\u2019une alternative politique globale, la politique de l\u2019enracinement, la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s, peut se substituer aux interventions de l\u2019Etat pour ce qui est de la stabilit\u00e9 sociale. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme trouve ainsi un alli\u00e9 aussi inattendu que solide dans ces \u00ab\u00a0formes d\u2019appartenance \u00e0 des communaut\u00e9s organiques d\u00e9finies \u00e0 partir de la parent\u00e9, de l\u2019ethnicit\u00e9 et de la religion\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9ologie du capitalisme mondial est une foire aux identit\u00e9s aux vertus bien conservatrices, ce que ne comprennent pas certains contestataires m\u00e9diatiques de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Mais, bien loin du projet n\u00e9olib\u00e9ral et de ses alli\u00e9s identitaires ou religieux, voire de ses opposants qui ne font que revisiter les formes du vieux fascisme europ\u00e9en, nous pourrions nous saisir de la\u00a0 r\u00e9alit\u00e9 des catastrophes pour redonner, comme l\u2019a soutenu justement L. Loty, aux fictions utopiques leurs capacit\u00e9s \u00e0 susciter une imagination alter-r\u00e9aliste, contre l\u2019optimisme lib\u00e9ral qui nous fait\u00a0 accroire que le monde actuel est le meilleur des mondes. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il serait ainsi possible de quitter nos temps postmodernes pour aller vers une altermodernit\u00e9. F. Jameson a justement caract\u00e9ris\u00e9 notre \u00e9poque finissante \u00ab\u00a0comme celle du d\u00e9clin de notre historicit\u00e9, de notre capacit\u00e9 v\u00e9cue \u00e0 faire activement l\u2019apprentissage de l\u2019histoire\u00a0\u00bb. Le domaine esth\u00e9tique est sans doute celui qui avait le plus exprim\u00e9 ce moment historique, \u00ab\u00a0d\u00e9pression m\u00e9lancolique\u00a0\u00bb selon N. Bourriaud, li\u00e9e au travail de deuil de l\u2019id\u00e9ologie des progr\u00e8s techniques, politiques et culturels.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Cet auteur soutient \u00e9galement qu\u2019une altermodernit\u00e9 travaillerait d\u00e9j\u00e0 le champ esth\u00e9tique o\u00f9, apr\u00e8s la si postmoderne assignation aux origines, expression de l\u2019id\u00e9ologie de la fin des id\u00e9ologies, viendrait le temps d\u2019un \u00ab\u00a0espace d\u00e9hi\u00e9rarchis\u00e9, celui d\u2019une culture mondialis\u00e9e et pr\u00e9occup\u00e9e par de nouvelles synth\u00e8ses\u00a0\u00bb. Ne pas renoncer \u00e0 l\u2019approfondissement d\u2019une culture commune \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe, ce qui est un acquis positif des tendances r\u00e9centes de la civilisation, tout en refusant les logiques d\u2019assignation, les injonctions \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9, pourrait \u00eatre un constituant d\u2019une vie bonne pour ce XXIi\u00e8me si\u00e8cle. Seule cette conception de la vie, qui pose la question de savoir ce que nous avons envie d\u2019\u00eatre, pourrait nous permettre de ne pas fuir dans l\u2019avoir, qu\u2019offre l\u2019id\u00e9ologie \u00e9conomique mortif\u00e8re. Or, la crise du capitalisme mondialis\u00e9 et le choc \u00e9cologique sont justement des faits majeurs susceptibles de r\u00e9veiller la politique, c\u2019est-\u00e0-dire ipso facto de nous r\u00e9tablir dans l\u2019historicit\u00e9, de traduire l\u2019exigence de la vie bonne pour aujourd\u2019hui. On l\u2019aura compris\u00a0: ce r\u00e9tablissement ne pourra pas \u00eatre un retour \u00e0 l\u2019identique, l\u2019altermodernit\u00e9 n\u2019est pas une n\u00e9omodernit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Polanyi, en son temps, avait d\u00e9j\u00e0 mis en question la modernit\u00e9 lib\u00e9rale, d\u2019o\u00f9 \u00e9tait issue l\u2019\u00ab\u00a0impasse fasciste\u00a0\u00bb. Plus tard, il\u00a0a oppos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019habitation raisonn\u00e9e du monde \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration pourvoyeuse de profit, intitulant un chapitre de la Grande Transformation, \u00ab\u00a0Le march\u00e9 et la nature\u00a0\u00bb, qui se finissait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0On ne peut s\u00e9parer nettement les dangers qui menacent l\u2019homme de ceux qui menacent la nature\u00a0\u00bb. La crise de la modernit\u00e9 ne mettait donc pas en cause un seul projet humain (la d\u00e9mocratie sociale contre la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9) mais, peut-\u00eatre, le monde lui-m\u00eame au-del\u00e0 de l\u2019homme\u00a0? La question ici n\u2019\u00e9tait plus de vivre mais de survivre, suite au productivisme impliqu\u00e9 par le Grand March\u00e9. Pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s la mort de Polanyi, ne serait-il pas temps de prendre au s\u00e9rieux ces questions, m\u00eame si, en Occident, nous avons cru, un peu vite, que notre vie postmoderne impliquait un mode de vie postindustriel?<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>L&rsquo;homme s&rsquo;est \u00e9mancip\u00e9 par rapport \u00e0 la nature gr\u00e2ce \u00e0 la raison selon Horkheimer<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Issue de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort, Horkheimer domine la phase classique de la th\u00e9orie critique. La recherche est alors pluridisciplinaire et r\u00e9unit des philosophes, des psychologues, des historiens, des esth\u00e9ticiens, des \u00e9conomistes etc. Tous partagent l&rsquo;id\u00e9al r\u00e9volutionnaire d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la raison et la libert\u00e9. Le projet de l&rsquo;Ecole est d&rsquo;\u00e9valuer de fa\u00e7on critique la soci\u00e9t\u00e9 en la confrontant aux id\u00e9aux de la raison universelle. Mais s&rsquo;ils croient dans un premier temps \u00e0 une marche progressive de l&rsquo;histoire, l&rsquo;exil am\u00e9ricain et la guerre froide font \u00e9voluer la th\u00e9orie dans un sens oppos\u00e9. La d\u00e9faite du fascisme n&rsquo;est pas due \u00e0 une r\u00e9volution mais \u00e0 la guerre. Le communisme qui se pr\u00e9tendait le triomphe de la raison dans l&rsquo;histoire a pris la forme n\u00e9gative d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 liberticide. Bref, tous les espoirs mis dans les progr\u00e8s de la raison depuis la philosophie des Lumi\u00e8res sont d\u00e9mentis par l&rsquo;histoire. Le capitalisme montre de plus une force d&rsquo;int\u00e9gration quasi infinie. L&rsquo;\u00e9volution du monde m\u00e8ne \u00e0 une totalit\u00e9 close, un \u00ab\u00a0monde administr\u00e9\u00a0\u00bb et l&rsquo;histoire s&rsquo;ach\u00e8ve lorsque toute pens\u00e9e de r\u00e9sistance est \u00e9limin\u00e9e. Voil\u00e0, en tout cas, ce que semblent anticiper fascisme et terreur stalinienne.\u2028D\u00e9noncer le principe de domination aveugle du capitalisme est la forme authentique de la pratique et a une v\u00e9ritable force. Seules les id\u00e9es de la m\u00e9taphysique, de la religion, de la morale peuvent apporter quelques lumi\u00e8res dans le monde.\u2028L&rsquo;homme s&rsquo;est \u00e9mancip\u00e9 par rapport \u00e0 la nature gr\u00e2ce \u00e0 la raison mais au prix d&rsquo;une r\u00e9gression\u00a0: avec le fascisme, la domination de la nature est devenue une domination de l&rsquo;homme sur l&rsquo;homme. La raison qui \u00e9tait progressiste est devenue instrumentale. La Raison a donc une double face\u00a0: la philosophie des Lumi\u00e8res est aussi la vision du monde propre \u00e0 la bourgeoisie \u00e9mergente. La raison peut \u00e0 la fois rendre possible un monde rationnel d\u00e9livr\u00e9 de la mis\u00e8re et de la violence mais elle permet aussi de mettre en \u0153uvre des techniques les plus \u00e9labor\u00e9es d&rsquo;extermination (Auschwitz, Hiroshima)<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Corn\u00e9lius Castoriadis<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Appartenant \u00e0 la IVe Internationale socialiste Corn\u00e9lius Castoriadis nous dit qu&rsquo;il ne peut pas y avoir de vie sociale qui n\u2019accorde une importance centrale \u00e0 l\u2019environnement dans lequel elle se d\u00e9roule. l\u2019\u00e9cologie peut tr\u00e8s bien \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans une id\u00e9ologie n\u00e9o-fasciste. Face \u00e0 une catastrophe \u00e9cologique mondiale, par exemple, on voit tr\u00e8s bien des r\u00e9gimes autoritaires imposant des restrictions draconiennes \u00e0 une population affol\u00e9e et apathique. L\u2019\u00e9cologie correctement con\u00e7ue ne fait pas de la nature une divinit\u00e9. La religion projetait sur les puissances divines des attributs essentiellement anthropocentriques, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en cela qu\u2019elle donnait sens \u00e0 tout ce qui est. Mais en m\u00eame temps elle rappelait \u00e0 l\u2019homme sa limitation, elle lui rappelait que l\u2019Etre est insondable et non ma\u00eetrisable. Or une \u00e9cologie int\u00e9gr\u00e9e dans un projet politique d\u2019autonomie doit \u00e0 la fois indiquer cette limitation de l\u2019homme, et lui rappeler que l\u2019Etre n\u2019a pas de sens, que c\u2019est nous qui cr\u00e9ons le sens \u00e0 nos risques et p\u00e9rils. L\u2019\u00e9cologie est subversive car elle remet en question l\u2019imaginaire capitaliste qui domine la plan\u00e8te. Elle en r\u00e9cuse le motif central selon lequel notre destin est d\u2019augmenter sans cesse la production et la consommation.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Le point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion d&rsquo;Adorno consiste \u00e0 essayer de penser Auschwitz alors m\u00eame que la Shoah \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;objet de silence. On refuse de voir l&rsquo;insupportable horreur. Adorno, lui, y voit une rupture de civilisation dont il faut tirer toutes les cons\u00e9quences et les enseignements historiques. Il s&rsquo;agit de montrer que le nazisme n&rsquo;est pas une chute de la civilisation dans la barbarie mais au contraire une cons\u00e9quence d&rsquo;une certaine forme de civilisation fond\u00e9e sur le principe de la raison toute positive.\u2028\u00a0\u00bbEcrire un po\u00e8me apr\u00e8s Auschwitz est barbare\u00a0\u00bb. Pour le dire autrement, on ne peut chercher l&rsquo;oubli dans de fausses consolations lyriques. L&rsquo;art se doit d\u00e9sormais de \u00ab\u00a0faire \u00e9cho \u00e0 l&rsquo;horreur extr\u00eame\u00a0\u00bb\u2028L&rsquo;art est, pour Adorno, fondamentalement politique. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art poss\u00e8de une puissance critique, une force de protestation qu&rsquo;aucun pouvoir politique ne peut emp\u00eacher. Toute \u0153uvre d&rsquo;art est \u00ab\u00a0a priori pol\u00e9mique\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"> Issue de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort encore, Walter Bendix Sch\u00f6nflies Benjamin est n\u00e9 le 15 juillet 1892 \u00e0 Berlin<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> L&rsquo;aspect le plus connu de la philosophie de Benjamin concerne aussi sa r\u00e9flexion sur l&rsquo;art. On a en particulier retenu la notion d&rsquo;aura, introduite dans L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la reproduction m\u00e9canis\u00e9e, notion qui caract\u00e9rise la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art. L&rsquo;aura est d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0l&rsquo;apparition unique d&rsquo;un lointain, aussi proche soit-il\u00a0\u00bb L&rsquo;aura participe du sacr\u00e9 et la valeur de l&rsquo;objet d&rsquo;art en Occident est li\u00e9e au caract\u00e8re unique de l&rsquo;original, caract\u00e8re qui lui conf\u00e8re une forme d&rsquo;autorit\u00e9, au point m\u00eame que l&rsquo;exposition de l&rsquo;\u0153uvre devient superflue. Benjamin cite le cas de certaines sculptures des cath\u00e9drales gothiques invisibles lorsqu&rsquo;on les regarde du sol. Ainsi le beau a affaire au religieux et d&rsquo;ailleurs, \u00e0 partir du XVIII\u00b0 si\u00e8cle le rituel li\u00e9 au beau se substitue au rituel religieux. Une v\u00e9ritable th\u00e9ologie de l&rsquo;art se manifeste notamment sous l&rsquo;aspect de la th\u00e9orie de \u00ab\u00a0l&rsquo;art pour l&rsquo;art\u00a0\u00bb\u2028Or la reproductibilit\u00e9 technique va avoir pour cons\u00e9quence la perte de l&rsquo;aura. La copie a une autonomie vis-\u00e0-vis de l&rsquo;original. Elle permet en pla\u00e7ant l&rsquo;\u0153uvre dans un nouveau contexte des changements de point de vue. La copie est sortie de tout contexte historique, spatial et l&rsquo;\u0153uvre devient un objet commercial. L&rsquo;art se d\u00e9sacralise, perd sa dignit\u00e9 et sa magie. Le po\u00e8te perd son aur\u00e9ole. C&rsquo;est le d\u00e9clin de l&rsquo;aura\u2028.\u00a0 Mais une nouvelle conception de l&rsquo;art peut se faire jour et la culture de masse a des aspects positifs. Benjamin r\u00e9fl\u00e9chit sur la photographie et le cin\u00e9ma pour explorer les fondements d&rsquo;un art capable de donner prise sur le monde. Le cin\u00e9ma est l&rsquo;art moderne par excellence, antidote des angoisses engendr\u00e9es par la violence du capitalisme. A l&rsquo;aura peut alors se substituer la trace, apparition multiple d&rsquo;un proche, aussi lointain soit-il. \u00ab\u00a0Dans la trace, nous nous saisissons de la chose, dans l&rsquo;aura elle s&#8217;empare de nous\u00a0\u00bb. Cela revient \u00e0 politiser l&rsquo;art (alors que le fascisme restitue la vieille magie et tente d&rsquo;esth\u00e9tiser la politique) \u00ab\u00a0Au temps d&rsquo;Hom\u00e8re, l&rsquo;Humanit\u00e9 s&rsquo;offrait en spectacle aux dieux de l&rsquo;Olympe\u00a0; c&rsquo;est \u00e0 elle-m\u00eame aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;elle s&rsquo;offre en spectacle (\u2026) Voil\u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tisation de la politique que pratique le fascisme, le communisme y r\u00e9pond par la politisation de l&rsquo;art\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>Herbert Marcuse<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Issue de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort toujours, Marcuse consacre sa th\u00e8se de doctorat \u00e0 l&rsquo;ontologie de Hegel. L&rsquo;\u00eatre est avant tout devenir d&rsquo;apr\u00e8s sa lecture de la Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;Esprit et il faut donc concevoir l&rsquo;\u00eatre humain dans sa dimension historique.\u2028 Dans Raison et R\u00e9volution, Marcuse voit la port\u00e9e potentiellement subversive de Hegel\u00a0: entre la r\u00e9alit\u00e9 telle que nous la vivons et la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre (la r\u00e9alit\u00e9 telle que l&rsquo;esprit devrait la saisir) existe un foss\u00e9 quasi infranchissable. Cette barri\u00e8re ali\u00e9nante trouve son origine dans l&rsquo;appropriation de la nature. Il s&rsquo;agit de franchir cette barri\u00e8re et voil\u00e0 pourquoi la Raison est potentiellement r\u00e9volutionnaire \u00e0 condition de se d\u00e9gager de l&rsquo;id\u00e9alisme h\u00e9g\u00e9lien. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;intervient le marxisme qui constitue, pour Marcuse, la solution.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> Pourquoi les masses, malgr\u00e9 la conscience de leur exploitation, adh\u00e8rent-elles \u00e0 un syst\u00e8me autoritaire\u00a0? Freud a montr\u00e9 que la civilisation est fondamentalement r\u00e9pressive, qu&rsquo;elle refoule les pulsions\u00a0: au principe de plaisir se substitue le principe de r\u00e9alit\u00e9. Si un tel refoulement est in\u00e9vitable (quelle que soit la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e), l&rsquo;appropriation priv\u00e9e des moyens de production introduit un \u00e9l\u00e9ment nouveau\u00a0: le principe de rendement n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;accumulation du capital impose une surr\u00e9pression. Face \u00e0 un pouvoir d\u00e9personnalis\u00e9 contre lequel il ne peut se r\u00e9volter l&rsquo;individu se culpabilise, ce qui l&rsquo;entra\u00eene \u00e0 int\u00e9rioriser les valeurs de la classe dominante et \u00e0 d\u00e9sirer dans un processus masochiste un ordre social autoritaire.\u2028Cette conception marxiste-freudienne s&rsquo;oppose \u00e0 la pratique bourgeoise de la psychanalyse. Cette derni\u00e8re vise \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;individu en souffrance dans le cadre social alors que Marcuse consid\u00e8re, au contraire, que la lib\u00e9ration pulsionnelle r\u00e9affirmant le principe de plaisir est centrale dans la transformation des rapports sociaux.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> pour Marcuse le \u00ab travail artistique \u00bb est une lib\u00e9ration, dans le sens o\u00f9 les pulsions n\u2019y sont pas canalis\u00e9es dans le but de servir la soci\u00e9t\u00e9. Il s\u2019agit aussi de redonner son importance \u00e0 l\u2019imaginaire (espace prot\u00e9g\u00e9 des tourments externes, il reste fondamental dans notre psychisme, notamment pour lier les couches de l\u2019inconscient), dans le but d\u2019\u00e9carter le travail de la sph\u00e8re de la n\u00e9cessit\u00e9 (pour que l\u2019individu n\u2019agisse plus dans l\u2019angoisse). Marcuse reprend dans cette optique de d\u00e9sublimation non-r\u00e9pressive du travail et de revalorisation de l\u2019imaginaire, la pens\u00e9e nietzsch\u00e9enne et schill\u00e9rienne : pour une \u00ab libert\u00e9 de jouer.\u00bb\u00a0 Il rappelle que la r\u00e9alit\u00e9 devrait perdre de son caract\u00e8re s\u00e9rieux, pour donner plus de libert\u00e9 \u00e0 l\u2019individu d\u2019exploiter son potentiel imaginatif.\u00a0Nous perdrions par l\u00e0 m\u00eame de notre gravit\u00e9 face \u00e0 la mort proportionnellement \u00e0 la perte du caract\u00e8re s\u00e9rieux de la r\u00e9alit\u00e9<\/span><\/h2>\n<p><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #000000\"><strong>L&rsquo;essence de la subversion<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Du point de vue \u00e9conomique, la terre est d\u2019abord un facteur de production, et les politiques fonci\u00e8res un moyen au service des politiques agricoles : il s\u2019agit de favoriser les exploitations consid\u00e9r\u00e9es comme efficaces. Les travaux de recherche en \u00e9conomie convergent pour reconna\u00eetre les performances de l\u2019agriculture familiale: il n\u2019y a que peu d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelles en agriculture, les performances \u00e9conomiques sont souvent en relation inverse avec la taille de l\u2019exploitation. Elle seule permet d&rsquo;optimiser l&rsquo;utilisation des ressources tout en distribuant les revenus en milieu rural. Dans la plupart des cas, seules les fortes distorsions dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, au cr\u00e9dit, aux march\u00e9s expliquent la sup\u00e9riorit\u00e9 apparente de la grande production. Lib\u00e9raliser les march\u00e9s fonciers engendre d\u00e8s lors des in\u00e9galit\u00e9s croissantes, et une moindre efficacit\u00e9 \u00e9conomique globale.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Le contr\u00f4le de la terre n\u2019a pas que des enjeux productifs :<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">&gt; La distribution de la terre refl\u00e8te la structure de la soci\u00e9t\u00e9, son degr\u00e9 de polarisation, la place qu\u2019y ont les ruraux.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">&gt; La terre n\u2019est pas qu\u2019un facteur de production. C\u2019est aussi, simultan\u00e9ment, un patrimoine, un fondement identitaire.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Historiquement, nombreux sont les cas d\u2019exclusion progressive de paysanneries de leurs terres, de n\u00e9gation des droits de soci\u00e9t\u00e9s locales sur leurs territoires, voire d\u2019expulsion et de rel\u00e9gation dans des r\u00e9serves. Corriger ces legs de l\u2019histoire et les in\u00e9galit\u00e9s massives dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, en coh\u00e9rence avec les choix de soci\u00e9t\u00e9 des pays, sont des imp\u00e9ratifs, en termes de lutte contre la pauvret\u00e9, de construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pacifi\u00e9e, assumant son histoire et sa diversit\u00e9 sociale et culturelle.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Elargir la notion de \u00abdroits\u00bb en termes de politique fonci\u00e8re, inventer des fa\u00e7ons de les traiter et de leur donner une reconnaissance l\u00e9gale, est un des grands d\u00e9fis contemporains. Cela passe sans doute par un raisonnement en termes de s\u00e9curisation des droits, c\u2019est-\u00e0-dire de processus permettant de les valider et de les garantir.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Des syst\u00e8mes fonciers composites ne peuvent relever d\u2019une seule gestion publique centralis\u00e9e. Diff\u00e9rentes instances (publiques, coutumi\u00e8res, collectivit\u00e9s territoriales, organisations locales, etc.) peuvent d\u00e9tenir, directement ou par d\u00e9l\u00e9gation, la responsabilit\u00e9 de gestion d\u2019un espace ou d\u2019une ressource, et doivent disposer du droit de d\u00e9finir des r\u00e8gles et de les faire appliquer. La plupart du temps, en pratique, la gestion fonci\u00e8re est prise en charge par des instances non l\u00e9gales, r\u00e9pondant \u00e0 des questions non trait\u00e9es par les dispositions l\u00e9gales. Reconna\u00eetre et organiser la coexistence coh\u00e9rente d\u2019instances diverses, assumant des responsabilit\u00e9s claires, est un des enjeux de la construction d\u2019un dispositif efficace de gestion fonci\u00e8re. Cela rel\u00e8ve de la construction d\u2019une gouvernance locale de la gestion des terres et des territoires, au sens o\u00f9 le pouvoir n\u2019est pas monopolis\u00e9, mais partag\u00e9 entre plusieurs sources d\u2019autorit\u00e9 et de l\u00e9gitimit\u00e9.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Accessibilit\u00e9 r\u00e9elle, efficience et transparence doivent \u00eatre les principes de fonctionnement de ces diff\u00e9rentes instances, qu\u2019elles soient plus politiques ou plus techniques. Pour \u00e9viter que ceux qui ont pu avoir acc\u00e8s \u00e0 des titres juridiquement valables ne retombent irr\u00e9m\u00e9diablement dans l&rsquo;informel, il convient donc de perfectionner en m\u00eame temps les m\u00e9canismes d&rsquo;enregistrement et les m\u00e9canismes sociaux susceptibles de les piloter. Les avanc\u00e9es technologiques en mati\u00e8re de t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection et de topographie, les innovations m\u00e9thodologiques comme les Plans Fonciers Ruraux en Afrique de l\u2019ouest, ouvrent de nouvelles perspectives, puisque l&rsquo;arpentage autrefois r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des techniciens et exigeant souvent une intervention de l&rsquo;Etat peut aujourd&rsquo;hui \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 et dirig\u00e9 par des instances locales.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Une politique fonci\u00e8re n\u2019est pas qu\u2019un moyen pour des politiques \u00e9conomiques, c\u2019est plus largement le c\u0153ur du contrat social qui lie entre eux gouvernants et gouvern\u00e9s, \u00e9lites et populations. Ni la g\u00e9n\u00e9ralisation de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e comme unique voie de s\u00e9curisation des droits des usagers, ni celle du march\u00e9 comme unique mode d&rsquo;allocation des ressources fonci\u00e8res n&rsquo;apportent de solutions aux probl\u00e8mes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong><span style=\"color: #000000\">Pourquoi pas un design global comme interlocuteur d&rsquo;une gouvernance fonci\u00e8re respectueuse du contrat social ?<\/span><\/strong><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Issu de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort encore, Walter Bendix Sch\u00f6nflies Benjamin est n\u00e9 le 15 juillet 1892 \u00e0 Berlin.<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000\"> L&rsquo;aspect le plus connu de la philosophie de Benjamin concerne sa r\u00e9flexion sur l&rsquo;art. On a en particulier retenu la notion d&rsquo;aura, introduite dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la reproduction m\u00e9canis\u00e9e, notion qui caract\u00e9rise la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art. L&rsquo;aura est d\u00e9finie comme \u00abl&rsquo;apparition unique d&rsquo;un lointain, aussi proche soit-il\u00bb. L&rsquo;aura participe du sacr\u00e9 et la valeur de l&rsquo;objet d&rsquo;art en Occident est li\u00e9e au caract\u00e8re unique de l&rsquo;original, caract\u00e8re qui lui conf\u00e8re une forme d&rsquo;autorit\u00e9, au point m\u00eame que l&rsquo;exposition de l&rsquo;\u0153uvre devient superflue.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">A l\u2019aura peut alors se substituer aujourd&rsquo;hui la trace, apparition multiple d\u2019un proche, aussi lointain soit-il. \u00ab\u00a0Dans la trace, nous nous saisissons de la chose, dans l\u2019aura elle s\u2019empare de nous\u00a0\u00bb. Cela revient \u00e0 politiser l\u2019art (alors que le fascisme restitue la vieille magie et tente d\u2019esth\u00e9tiser la politique) \u00ab\u00a0Au temps d\u2019Hom\u00e8re, l\u2019Humanit\u00e9 s\u2019offrait en spectacle aux dieux de l\u2019Olympe\u00a0; c\u2019est \u00e0 elle-m\u00eame aujourd\u2019hui, qu\u2019elle s\u2019offre en spectacle (\u2026) Voil\u00e0 l\u2019esth\u00e9tisation de la politique que pratique le fascisme, le communisme y r\u00e9pond par la politisation de l\u2019art\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00ab\u00a0L&rsquo;image peut avoir une relation avec la nature comme la fugue de Bach au Christ. Alors, ce n&rsquo;est pas une imitation, mais une cr\u00e9ation analogue.\u00a0\u00bb<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">La structure d\u2019une chose n\u2019est nullement une chose que nous puissions \u00ab\u00a0inventer\u00a0\u00bb. Nous pouvons seulement la mettre \u00e0 jour patiemment, humblement en faire connaissance, la \u00ab\u00a0d\u00e9couvrir\u00a0\u00bb.<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Celles-ci ne nous ont nullement attendues pour \u00eatre, et pour \u00eatre exactement ce qu\u2019elles sont !<\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Il y a l\u00e0 un mouvement de va-et-vient continuel, ininterrompu, entre l\u2019appr\u00e9hension des choses, et l\u2019expression de ce qui est appr\u00e9hend\u00e9, par un langage qui s\u2019affine et se re-cr\u00e9e au fil du travail, sous la constante pression du besoin imm\u00e9diat.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">Le design global c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;une reterritorialisation du langage conceptuel des sociologues et des collectifs y participant, de sa mise en forme au travers d&rsquo;une renaissance artistique relocalis\u00e9e tant au niveaux Urbanistique, architectural, que stylistique.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left\"><strong>Selon laurent Gervereau<\/strong><\/h2>\n<h2 style=\"text-align: left\"><span style=\"color: #000000\">Le retour au local, (\u00ab j\u2019aime o\u00f9 je vis ! \u00bb), forme alors l\u2019enjeu central des d\u00e9bats id\u00e9ologiques de demain. Un retour r\u00e9actionnaire ou un retour tourn\u00e9 vers le futur. Voil\u00e0 le terrain politique \u00e0 occuper pour briser la s\u00e9paration totale entre les citoyens et le choix de leur vivre-en-commun.<\/span><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\"><strong>Alors, \u00e0 vos responsabilit\u00e9s!<\/strong><\/span><\/h2>\n<h2><span style=\"color: #000000\">\u00a0<\/span><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: right\"><span style=\"color: #000000\"><strong><a title=\"ANNEXE\" href=\"https:\/\/trans.democrasite.com\/soliane\/2014\/05\/06\/annexe\/\"><span style=\"color: #000000\">Annexe&#8230;<\/span><\/a><\/strong><\/span><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2190 retour Karl Heinrich Marx le sociologue Carl Gustav Jung l&rsquo;alchimiste Karl Polanyi l&rsquo;antropologue Les ma\u00eetres de la subversion \u00a0 La Conception de Marx Marx pense son \u0153uvre \u00e0 l&rsquo;aune de la science\u00a0: Le Capital se veut un trait\u00e9 scientifique. 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