9- Liberté et égalité

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Un autre point de vue est celui de CORNELIUS CASTORIADIS

CORNELIUS CASTORIADIS: (11 mars 1922 à Constantinople – 26 décembre 1997 à Paris) est un philosophe, économiste et psychanalyste français d’origine grecque.

Une société est considérée par Castoriadis comme hétéronome lorsqu’elle est instituée de telle façon à ce que ses normes sociales, ses lois et encore ses représentations du monde, au lieu d’être lucidement considérées comme des créations de la société elle-même (de « l’imaginaire collectif instituant »), sont au contraire attribuées à une source « extra-sociale », la plupart du temps transcendante. Ainsi, les sociétés hétéronomes sont celles qui se représentent leurs institutions et leurs valeurs comme indubitablement vraies et justes, estimant qu’elles possèdent un fondement absolu, celui-ci pouvant être Dieu ou les dieux, les Ancêtres, la Nature Humaine, ou encore, dans un registre plus contemporain, les « lois » de l’histoire ou de l’économie.

Par opposition à une société hétéronome et à son « imaginaire », pour lesquelles les significations et institutions sociales sont posées comme indiscutables, une société autonome correspond pour Castoriadis à une société qui entame une dynamique « d’interrogation illimitée » sur ce que sont la justice et la vérité, à partir de la prise de conscience que toutes deux (justice et vérité) renvoient à des questions non susceptibles d’être résolues de manière définitive. En d’autres termes, une société ne peut devenir autonome que si elle (ses membres) entretient un rapport lucide à ses significations imaginaires sociales et à ses institutions, et donc, selon Castoriadis, si elle se reconnait elle-même comme à l’origine de celles-ci, plutôt que d’instituer la croyance selon laquelle elles proviendraient d’une source extra-sociale incontestable (divinités, lois économiques ou lois de l’histoire, etc.). C’est en ce sens que Castoriadis parle de la “rupture de la clôture de l’imaginaire institué” (ou “clôture du sens”), celle-ci qui garantissait comme vraies et justes les normes sociales établies. Par là, se comprend aussi l’idée qu’une société autonome, est celle qui se confronte lucidement au  “Chaos/Abîme/Sans-Fond” qu’elle représente pour elle-même, et que le monde représente en tant qu’il ne nous fournit aucune norme ni aucun critère objectif pour l’institution de la société.

*l’imaginaire social, qui crée le langage, qui crée les institutions, qui crée la forme même de l’institution  chaque fois que des humains sont assemblés, se donne à chaque fois une figure singulière, instituée, pour exister, cet imaginaire est pensé sous deux aspects: l’imaginaire social instituant d’une part, qui correspond à l’activité et œuvre créatrice en elle-même, et d’autre part l’imaginaire social institué, qui désigne le résultat de cette activité créatrice, soit les institutions et significations sociales (normes, langage, lois, représentations, et encore, parmi ce qu’il entend par institutions, « [les] outils, [les] procédures et méthodes de faire face aux choses et de faire des choses, et, bien entendu, l’individu lui-même »…)

*Clôture de l’imaginaire institué: Castoriadis estime qu’aucune clôture représentationnelle et institutionnelle ne peut être absolue, ni donc entraîner l’inertie totale d’une société (sa reproduction à l’identique indéfiniment)

Cette rupture, Castoriadis la rapporte à deux activités qu’il associe sans cependant les confondre: la philosophie, ayant pour objet la question de la vérité, et la politique, concernant la question de la justice. Une société est donc autonome si, sachant qu’elle est à l’origine de sa propre création, elle est capable de s’interroger en permanence sur la validité de ses institutions, de ses lois, de ses normes, et par suite, de les transformer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Castoriadis emploie le terme d’autonomie, dont il rappelle l’étymologie, “auto-nomos”, qui renvoie à l’idée d’une création lucide et réflexive du nomos de la société (lois, normes, etc.). Il affirme en ce sens qu’« être autonome, pour un individu ou une collectivité, ne signifie pas « faire ce que l’on désire », ou ce qui nous plaît dans l’instant, mais se donner ses propres lois. ». En effet, Castoriadis considère que la détermination de normes et de lois est une pratique inhérente à toute société humaine, et estime que l’idée d’une société sans pouvoir est une fiction, qu’il y a toujours du pouvoir au sein d’une société, quand bien même celui-ci serait tellement intériorisé par les individus qu’il ne se manifesterait pas explicitement au travers d’une hiérarchie sociale marquée. Il s’agirait donc non pas de lutter contre toute forme de pouvoir, mais de faire en sorte que ce pouvoir soit partagé par tous. De ce fait, une société démocratique, autrement dit autonome, est selon Castoriadis une société qui pose l’égalité des citoyens comme la condition de possibilité de leur liberté… Liberté et égalité ne s’opposeraient donc pas mais seraient au contraire deux notions indissociables: on ne peut être dit libre, d’après Castoriadis, que si l’on n’est dominé par personne, si donc personne n’a plus de pouvoir que soi pour décider des règles communes qui nous concerneront.

Il associe ainsi la démocratie à la nécessité d’instaurer une véritable sphère publique, qu’il nomme sphère publique-publique ou ekklesia, qui correspond aux institutions du “pouvoir explicite” (institutions politiques), et qui doit donc selon lui véritablement appartenir à tous les citoyens, et non être “privatisée”, que ce soit par une élite politique, une bureaucratie, ou quelconques experts – experts qui pour Castoriadis, ne sauraient exister dans le domaine politique

Suite…

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