Jonathan DAWSON nous parle de notre rapport au pouvoir.Jonathan DAWSON: “Trouver des formes de gouvernance favorisant l’intégration est l’une des tâches les plus difficiles à laquelle les écovillages doivent faire face. Il faut promouvoir une culture basée sur la confiance et la compassion, créer des procédures de prise de décision efficaces et gérer les conflits. Dans la plupart des écovillages, la prise de décision s’effectue sur la base du consensus : aucune décision n’est prise tant que l’on n’a pas atteint la quasi-unanimité. Plus l’écovillage est petit et plus il y a de chances pour que tous les membres soient impliqués dans le processus de prise de décision. Plus les communautés grandissent en taille et en complexité et plus ce sera difficile.”
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Sur ce rapport au pouvoir ce sont HERBERT MARCUSE et CORNELIUS CASTORIADIS qui nous en donnent des clefs…
HERBERT MARCUSE: né le 19 juillet 1898 à Berlin et mort le 29 juillet 1979 à Starnberg (Bavière), est un philosophe, sociologue marxiste, américain d’origine allemande, membre de l’École de Francfort avec Theodor Adorno et Max Horkheimer.
HERBERT MARCUSE nous rappelle le caractère oppressif et destructeur du capitalisme industriel avancé dont la survivance repose sur la destruction systématique du cadre de vie des peuples non industrialisés et sur la violence institutionnelle et guerrière perpétrée à la périphérie du monde capitaliste. Dans L’homme unidimensionnel, Il avance que ce qu’il appelle la « société industrielle avancée » crée des besoins illusoires qui permettent d’intégrer les individus au système de production et de consommation par le truchement des mass media, de la publicité et de la morale. La conséquence en est un univers de pensée et de comportement « unidimensionnel », au sein duquel l’esprit critique ou les comportements antisystémiques sont progressivement écartés. À l’encontre de ce climat ambiant, Marcuse se fait le champion d’une « négation intégrale » (great refusal), seule opposition adéquate aux méthodes de contrôles de la pensée en cours. Au-delà de l’homme unidimensionnel, comment aller vers sa libération?
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A cette question fondamentale, qui entraîne celui des moyens de la transformation sociale, Marcuse tente d’y répondre en affirmant tout d’abord les fondements biologiques , c’est à dire psycho-émotionnels, du socialisme et la nécessité d’une nouvelle sensibilité à dimension ludique, hédonique, esthétique en révolte contre la raison répressive et invoquant le pouvoir émancipateur de l’imagination. Il dresse enfin un tableau, plus sociologique, de la transition vers une société désaliénée en cherchant à définir la base sociale d’un mouvement radical d’opposition au capitalisme avancé.
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*La notion d’aliénation (du latin : alienus, qui signifie « autre », « étranger ») est généralement comprise, en philosophie, comme la dépossession de l’individu, c’est-à-dire sa perte de maîtrise, de ses forces propres au profit d’un autre (individu, groupe ou société en général). Il renvoie ainsi fréquemment à l’idée d’une inauthenticité de l’existence vécue par l’individu aliéné. Ce terme est à l’origine un terme juridique, se rapportant à un transfert de propriété. Contrairement à Freud, qui voyait dans le principe de réalité la nécessité de la sublimation répressive des désirs, Marcuse dénonce l’inhumanité du principe de réalité répressif, qui n’est autre que le principe de réalité de la société en place. Il préconise, au contraire, l’éclosion des désirs, la transformation de la sexualité en Eros, l’abolition du travail aliéné et l’avènement d’une science et d’une technique nouvelles, qui seront au service de l’être humain. Il ne remet pas en question l’essentiel des théories freudiennes, il les complète, plutôt, en les adaptant à son temps et en les libérant d’une conception bourgeoise de la société pour les rendre émancipatrices et véritablement universelles.
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*Dans la psychanalyse freudienne, le principe de réalité désigne la capacité d’ajourner la satisfaction pulsionnelle. Le principe de rendement est le principe de réalité d’une société capitaliste fondée sur la résignation, la falsification des instincts et la répression des potentialités humaines.
*La sublimation est un mécanisme psychologique qui vise à transcender le réel, c’est-à-dire à en sortir, à le dépasser. Selon Freud, la sublimation sert notamment à évacuer des pulsions violentes sous une forme constructive, changer une pulsion de mort (thanatos) en pulsion de vie (éros). les arts sont une forme de sublimation. C’est donc une façon d’érotiser notre environnement immédiat face aux agressions morbides du monde extérieur (rapport de domination, d’exploitation, violence, laideur de l’architecture, etc.) qui rendent notre vie quotidienne insupportable et font naître en nous des sentiments violents et/ou autodestructeurs (thanatos – pulsion de mort). Si la sublimation sous-entend une distanciation face au monde réel, (cette fameuse idée de transcendance à travers l’érotisation), la dé-sublimation c’est excatement l’inverse. Marcuse donne en exemple la sexualité dans la société industrielle avancée. Au lieu d’une sublimation par la sensualité, par l’érotisation de l’environnement immédiat, la sexualité est désublimée, c’est-à-dire que toute l’énergie érotique est concentrée dans l’acte sexuel et sur les zones érogènes du corps. C’est une satisfaction immédiate des pulsions sexuelles, sans médiation, une intensification de la libido (énergie sexuelle), mais également un rétrécissement de son étendue et de la variété des plaisirs possibles.
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Selon Marcuse, ce modèle de désublimation, de satisfaction immédiate des désirs, s’est répandu dans toute la société, encouragée par le pouvoir qui y voit une excellente façon de perpétuer sa domination. En effet, si la sublimation est un refus du monde donné et une façon de le transcender par l’érotisation, la désublimation est une soumission aveugle aux pulsions et donc une plus grande acceptation de l’état des choses sans remise en question. L’art semble ainsi être la voie la plus sûre de notre épanouissement. Il existe ainsi des domaines au sein de nos sociétés qui ne subissent pas la répression. Marcuse va même jusqu’à dire que l’art n’est pas une sublimation pulsionnelle, comme le pensait Freud. Non, pour Marcuse le « travail artistique » est une libération, dans le sens où les pulsions n’y sont pas canalisées dans le but de servir la société. Il s’agit aussi de redonner son importance à l’imaginaire (espace protégé des tourments externes, il reste fondamental dans notre psychisme, notamment pour lier les couches de l’inconscient), dans le but d’écarter le travail de la sphère de la nécessité (pour que l’individu n’agisse plus dans l’angoisse). Marcuse reprend dans cette optique de désublimation non-répressive du travail et de revalorisation de l’imaginaire, la pensée nietzschéenne et schillérienne : pour une « liberté de jouer.» Il rappelle que la réalité devrait perdre de son caractère sérieux, pour donner plus de liberté à l’individu d’exploiter son potentiel imaginatif. Nous perdrions par là même de notre gravité face à la mort proportionnellement à la perte du caractère sérieux de la réalité et cela chamboulerait par là même ce fameux «Pari de Pascal» à propos de la croyance en l’existence ou non d’un dieu et du rapport à un châtiment probable. Ainsi le lieu de la perdition: « l’enfer», ne serait plus la seule conséquence d’une sentence capitale, (nous avons pris conscience aujourd’hui de notre responsabilité face au devenir de notre planète) et les enjeux sur le sens du destin s’il en est, se combinerait et se neutraliserait alternativement dans une dialectique de la scolastique au travers du jeux et du hasard. Marcuse va néanmoins beaucoup plus loin que Freud lorsqu’il tente de penser une « sublimation non répressive » des pulsions.
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Il est important pour les mouvements écologistes aujourd’hui, car il fut l’un des seuls à penser qu’une société non-répressive impliquait aussi un changement dans les techniques, là où Marx pensait qu’un changement dans les rapports de production était suffisant. H. Marcuse c’est celui qui a pensé le problème du changement social dans la société technologique.
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